Le grand djihad ou lutter contre soi-même                 

Le grand djihad ou lutter contre soi-même

 

Grâce au Nom de Dieu

Le Tout-Miséricordieux le Très-Miséricordieux

Présentation

L’homme est la plus prodigieuse et la plus complexe créature de Dieu. Un être qui, outre les instincts naturels et animaux et les réactions physiques, possède une nature (fixra) et une personnalité spirituelles qui le distinguent des autres êtres vivants. Un être qui pense, qui choisit, qui, au moyen de sa réflexion intellectuelle et de son activité physique, écarte devant lui les difficultés pour arriver à une vie meilleure et, parallèlement à cet effort, trace l’histoire de sa vie, ajoute aux connaissances qu’il hérite de ses ancêtres et prépare la voie pour des changements accélérés, une plus grande domination de ses descendants sur la nature et la découverte des choses inconnues. Mais, hélas ! au milieu de l’agitation des efforts humains pour réaliser ses désirs et ses fins et dans les troubles de l’affrontement entre l’homme et la nature, une réalité ô combien précieuse se voit oubliée, à savoir : l’âme et l’essence de la personne humaine ou en d’autres termes l’homme lui-même, l’éducation et la régénérescence de son âme et la réalisation de l’homme transcendant, un homme que le Créateur de l’existence a qualifié de plus noble des créatures et à propos de la connaissance duquel les véritables commentateurs de la Révélation ont dit : « Qui se connaît lui-même connaît son Seigneur ».

Oui, l’oubli et la négligence mêmes des dimensions infinies de l’esprit humain ainsi que l’inattention aux capacités de l’homme à parcourir la voie des perfections et des vertus est un mal qui a touché la plupart des sociétés humaines, et le règne de la technologie et de la vie mécanique ainsi que la domination des matérialistes et idolâtres de ce bas monde sur une vaste partie de la terre, d’une part, et l’incapacité des diverses écoles et idéologies à proposer une voie claire et une interprétation sûre de l’homme, d’autre part, ont aggravé cette marche à reculons et cette aliénation. Pendant ce temps, seuls les tenants de l’unicité divine, les Prophètes et les gardiens du sanctuaire des valeurs et des réalités spirituelles faisaient de l’éducation de l’homme la visée de leur perpétuel combat et, en accord avec le flambeau de l’intelligence et l’appel de la nature humaine profonde, guidaient la société humaine vers les perfections et les valeurs transcendantes, et en vérité ce qui a subsisté, dans l’histoire de la vie humaine, des grandes gloires et valeurs et des civilisations authentiques est le fruit de ces efforts.

La Révolution islamique, qui s’est produite à l’époque actuelle sous les yeux incrédules du monde grâce à l’aspiration d’un homme de Dieu, n’était pas en son essence qu’un mouvement politique ou un soulèvement populaire pour renverser un régime oppresseur, mais bien plus une résurrection culturelle et morale qui invitait l’homme contemporain éreinté à retrouver sa nature divine. Dans son testament éternel, le fondateur de la République islamique dit à propos de la nature de la grandiose révolution qu’il avait initiée :

Dans le monde, l’ampleur des peines, souffrances, dévouements, sacrifices et privations est proportionnelle à la grandeur, à la valeur et à l’élévation de l’objectif. L’objectif pour lequel vous, noble peuple combattant, vous êtes soulevés, que vous poursuivez et pour lequel vous avez sacrifié vies et biens et continuez de le faire est l’objectif le plus grand, le plus haut et le plus précieux. C’est un but qui existe depuis l’aube des temps et l’origine du monde et qui existera après ce monde pour les siècles des siècles : c’est l’école de la Divinité au plus large sens du terme et l’idée de l’unicité divine dans toutes ses sublimes dimensions, [idée] qui est [tout à la fois] le fondement et la finalité de la création dans tout le vaste domaine de l’existence et à travers tous les degrés et états des mondes visibles et invisibles ; [idée] qui s’est pleinement manifestée en tous ses degrés et dimensions dans l’école de Mu$ammad, Dieu le bénisse lui et les siens et leur donne la Paix ; [idée] pour la réalisation de laquelle tous les grands Prophètes, que la Paix divine soit avec eux, et tous les vénérables Proches-Amis [de Dieu], que la Paix divine soit avec eux, ont prodigué leurs efforts. Il n’est pas d’autre voie vers la Perfection absolue, vers la Beauté et la Majesté infinies. C’est [cette idée] qui a conféré aux terriens une dignité supérieure à celle des créatures célestes et au-delà, et ce que les terriens peuvent retirer de l’exploration de [cette idée] ne peut l’être par aucun autre être dans toute la création cachée ou manifeste.

Dans la pensée de l’Imam Khomeiny, lutter, intervenir dans la politique et prendre en main le gouvernement ne constituent pas le but. Le but, c’est de sortir vainqueur d’un champ de bataille dont Dieu dit, suite à une succession de serments et en insistant : « Réussit qui la régénère et échoue qui la dégénère » (Coran, 91.9-10)[1]. Le but, c’est d’éduquer l’homme et de le guider dans un voyage du monde terrestre au Ciel suprême. Le but, c’est de former la société et de susciter un environnement dans lequel seul Dieu sera servi et où les lumières de la servitude et de l’intention pure et l’éclat de la foi en l’invisible dissiperont les ténèbres des attachements de l’âme et des passions mondaines, ouvriront les yeux de l’homme sur le rayonnement de la Beauté divine dans tout le domaine de l’existence et feront que l’unicité divine et ses sublimes dimensions régissent toutes les relations et les rapports humains. Or, tout cela n’est possible qu’en régénérant l’âme, chose ignorée des « sages » de l’Est comme de l’Ouest et dont le monde las d’aujourd’hui est assoiffé.

C’est dans cette vérité même qu’il faut chercher le secret de la grandeur de l’Imam Khomeiny et du prodige de l’influence de ses propos et idées sur ses fidèles. Ceux qui sont, au moyen d’analyses matérielles, à la recherche de facteurs politiques et économiques pour trouver le secret du slogan « victoire du sang sur le sabre » et de la victoire des compagnons désarmés de l’Imam sur le plus armé des gouvernements inféodés à l’Amérique n’aboutiront à rien. Et ceux qui n’ont pas entendu dire et ne savent pas que la réussite de l’Imam Khomeiny est due à la pratique et à l’enseignement des méthodes de lutte contre soi-même et de combat dans la difficile arène du grand djihad sont tout autant incapables de comprendre la nature de la Révolution de l’Imam.

Le grand djihad ou lutter contre soi-même est le titre du présent livre, précieuse œuvre d’un gnostique qui, par la pratique spirituelle, la pratique cultuelle et la connaissance, a lui-même suivi des années durant cette voie pleine de périls. Avant que de brandir l’étendard de la lutte politique tout comme au cœur de ses combats, l’Imam Khomeiny, en insistant sur des thèmes de cet ordre, enseignait sans cesse à ceux qui suivaient sa voie que sa démarche se distinguait de celle des mouvements politiques habituels et des politiciens de profession et qu’une réelle victoire dans le djihad politique, militaire et économique ne s’obtiendrait qu’en faisant le grand djihad et en luttant contre soi-même.

Les pages de ce livre sont la mise par écrit d’interventions orales de l’Imam Khomeiny faites à Nadjaf à l’intention des séminaires à la veille du mois béni de Rama*ân et en d’autres jours[2], interventions qui, grâce à l’aspiration des compagnons de l’Imam, furent éditées et plusieurs fois publiées et diffusées à l’intérieur du pays comme à l’étranger avant la victoire de la Révolution islamique. Les avertissements miséricordieux et les directives morales de l’Imam en ces jours éreintants et difficiles stimulaient chez les séminaristes l’ardeur de la foi et les motivations divines, séparaient la démarche du mouvement de la voie de ceux qui sont étranger à la régénération de l’âme et semaient les germes de l’intention pure et de la foi dans les cœurs des chercheurs de vérité, des germes qui donnèrent finalement leurs fruits grâce aux bontés divines. Les habitants du monde entier furent alors témoins de scènes du miracle [de cette Révolution] pendant les journées de feu, de sang et de combats à mains nues et armés de 79 : la ruée massive des jeunes croyants pour parcourir la voie conduisant au martyr, les scènes indescriptibles des moments des combats ; les invocations des volontaires sur les fronts de la guerre…

Maintenant, au quatrième anniversaire de la mort de ce bon serviteur, nous dédions à ceux qui avancent sur sa divine voie cette œuvre accompagnée de notes explicatives et d’une postface intitulée « anthologie de phrases ».

Fondation pour l’Édition et la Publication des Œuvres de l’Imam Khomeiny


Grâce au Nom de Dieu

le Tout-Miséricordieux le Très-Miséricordieux

Une année de plus de notre vie s’est écoulée. Vous, les jeunes, vous avancez vers la vieillesse et nous, les vieux, vers la mort. Vous avez conscience de l’étendue de vos études et des connaissances que vous avez acquises au cours de cette année scolaire. Vous savez combien vous avez appris et jusqu’à quel niveau vous avez haussé votre savoir. Mais en ce qui concerne l’amélioration morale, l’acquisition de comportements conformes à la Loi divine, les connaissances spirituelles et la régénérescence de l’âme, qu’avez-vous fait ? Quel progrès avez-vous accompli ? Avez-vous seulement pensé à vous amender et améliorer ? Aviez-vous quelque programme en ce domaine ? Malheureusement, il me faut bien dire que vous n’avez rien fait qui soit remarquable ni avancé d’un grand pas dans la voie de votre amendement et amélioration.

[Recommandation aux séminaires]

Les séminaires de formation des clercs shiites ($awza-s) ont besoin que, parallèlement à l’étude des disciplines religieuses, on y enseigne et acquière les disciplines morales et les connaissances spirituelles. Il doit s’y trouver des guides spirituels, des directeurs de conscience et des séances d’exhortation et de conseils éthiques. Des programmes de formation morale et d’amélioration, des classes d’éducation et d’amendement de soi, un enseignement des connaissances spirituelles, qui constituent le principal objectif de la mission des Prophètes, que la Paix soit avec eux, doivent être répandus et ouvertement dispensés dans les séminaires. Malheureusement, on accorde trop peu d’attention, dans les centres de sciences islamiques, à ces disciplines si nécessaires et indispensables. Les connaissances morales et spirituelles sont en déclin et il est à craindre qu’à l’avenir les séminaires ne sachent former des maîtres en éthique, des éducateurs vertueux et des hommes de Dieu, et que l’ergotage sur les questions préliminaires ne laisse guère l’occasion d’aborder les questions fondamentales et essentielles qui constituent la préoccupation du Saint Coran, du Suprême Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens, et de tous les autres Prophètes et Proches-Amis de Dieu, que la Paix soit avec eux.

Il serait bon que les grands docteurs de la Loi et les enseignants de haut rang, vers lesquels la communauté savante a les yeux tournés, s’emploient pendant leurs cours et séminaires à former et amender les personnes et s’occupent davantage des questions morales et spirituelles. Quant aux séminaristes, il faut qu’ils s’efforcent de s’amender eux-mêmes et d’acquérir les vertus et qu’ils accordent de l’importance aux graves responsabilités qui pèsent sur leurs épaules.

[Recommandation aux séminaristes]

Vous qui étudiez aujourd’hui dans ces séminaires et voulez demain vous charger de guider et conduire la société, n’allez pas vous imaginer que votre unique devoir serait d’apprendre une poignée d’expressions techniques. Vous avez aussi d’autres devoirs. Dans ces séminaires, il vous faut vous éduquer et vous former de telle sorte que, lorsque vous partirez rejoindre une ville ou un village, vous puissiez en guider et amender les habitants. Ce qu’on attend de vous, c’est qu’en quittant les séminaires vous soyez vous-mêmes amendés et formés pour que vous puissiez former les gens et les éduquer selon les comportements et préceptes moraux de l’islam. Si, à Dieu ne plaise, vous ne vous êtes pas amélioré vous-mêmes au séminaire et n’y avez pas acquis de vertus morales, partout où vous irez, Dieu nous en préserve, vous dévoierez les gens et leur inspirerez du mépris pour l’islam et le clergé.

Vous avez de lourdes obligations. Si, dans les séminaires, vous ne remplissez pas vos devoirs, ne vous employant pas à vous amender vous-mêmes et vous contentant d’apprendre quelques expressions techniques pour traiter des questions relatives aux fondements et aux applications du droit musulman, vous serez dans l’avenir, à Dieu ne plaise, nuisibles pour l’islam et la société musulmane. Vous pourriez, que Dieu nous en préserve, être cause du dévoiement et de l’égarement des gens. Si du fait de vos actes, de votre comportement et de votre conduite indignes une personne est égarée et se détourne de l’islam, vous aurez commis le pire péché mortel et votre repentir pourra difficilement être agréé, tandis que si une personne se trouvait guidée, cela vaudrait mieux [pour vous], dit un hadith, que « tout ce qui se trouve sous le soleil »[3].

Votre responsabilité est très lourde. Vos obligations sont autres que celles du commun des gens. Bien des choses qui sont permises au commun des gens ne le sont pas pour vous et peuvent même vous être illicites. Les gens s’attendent à ce que vous ne fassiez pas certaines choses permises, sans parler d’actes vils et illicites qui, s’il vous arrivait d’en commettre, Dieu nous en préserve, inspirerait aux gens du mépris pour l’islam et le clergé. Tout le problème est là : si les gens vous voient faire un acte contraire à ce que l’on attend de vous, ils s’écarteront de la religion ; ils se détourneront du clergé et non pas d’un individu. Si seulement ils se détournaient et avaient du mépris d’un seul individu, mais non : s’ils constatent de la part d’un clerc un acte indigne et contraire à la probité, ils ne se disent pas que, tout comme il se trouve parmi les commerçants des individus malhonnêtes et dévoyés et que l’on trouve parmi les fonctionnaires des personnes corrompues et malfaisantes, il peut aussi se trouver parmi les clercs une ou plusieurs personnes indignes et dévoyées. Ainsi, lorsque un épicier fait quelque chose de mal, on dit que tel épicier est malhonnête ; si un herboriste commet un méfait, on dit que tel herboriste est malfaisant ; mais si un clerc fait quelque chose d’inconvenant, on ne dit pas que tel clerc est dévoyé, on dit que les clercs sont mauvais.

Les obligations des dépositaires du savoir sont très lourdes. La responsabilité des savants religieux est plus grave que celle des autres gens. Si vous vous en référez aux chapitres concernant les obligations des savants dans les Oùûl al-Kâfî[4] ou les Wasâ’il[5], vous verrez qu’il y est fait état pour les savants de lourds devoirs et de graves responsabilités. Il est dit dans un hadith que lorsqu’il est sur le point de rendre l’âme, le savant n’a plus l’opportunité de se repentir et que son repentir dans cet état n’est pas accepté, car c’est de ceux qui sont ignorants que Dieu accepte jusqu’aux derniers instants le repentir[6]. Dans un autre hadith, il est dit que soixante-dix péchés sont pardonnés à l’ignorant avant qu’un seul le soit au savant[7]. Cela parce que le péché du savant nuit gravement à l’islam et à la société musulmane. Si un homme du commun et ignorant commet une désobéissance, il ne nuit qu’à lui-même et ne cause que son propre malheur, mais si un savant se dévoie et agit mal, il dévoiera tout un monde et fera du tort à l’islam et aux savants de l’islam[8]. S’il est dit dans un hadith que les gens de l’Enfer souffriront de la puanteur du savant qui n’aura pas œuvré conformément à son savoir[9], c’est parce qu’en ce bas monde il y a une grande différence entre le savant et l’ignorant pour ce qui est de l’utilité et de la nuisance qu’ils peuvent avoir pour l’islam et la société musulmane. Si un savant religieux est dévoyé, il se peut qu’il dévoie et infecte toute une communauté, et si un savant est probe et observe l’éthique et la bienséance islamiques, il amendera et guidera la société. Dans certaine province où je me rendais en été, je constatais que les habitants étaient empreints des règles de comportements conformes à la Loi divine. La raison en était qu’il se trouvait parmi eux un savant intègre et vertueux. Si un savant honnête et probe vit dans une société, une ville ou une province, sa simple présence suffit à amender et guider les habitants de ce lieu, même s’il n’use pas de prêches et sermons[10]. J’ai moi-même vu des personnes dont la simple présence était une mine de conseils et d’enseignements. Les voir et les regarder suffisait pour qu’on en tire leçon. Aujourd’hui même, à ce que je sache, les quartiers de Téhéran diffèrent les uns des autres : dans un quartier où vit un savant honnête et probe se trouvent des gens intègres et pleins de foi ; dans un autre quartier, où un individu dévoyé et corrompu portant turban est devenu imam de mosquée et s’est fait une clientèle, on constate qu’il a mystifié, pourri et dévoyé tout un groupe. C’est de la puanteur de cette pourriture-là que les gens de l’Enfer souffriront. C’est une purulence que le mauvais savant, le savant sans pratique, le savant dévoyé a causée en ce bas monde et dont la puanteur empoisonne l’odorat des gens de l’Enfer dans l’autre monde, et non pas qu’on lui ajouterait quelque chose dans ce monde-là. Ce qui se produit dans l’autre monde est ce que l’on a préparé en ce monde. On ne nous donnera rien d’autre que nos propres actes. Dès lors qu’un savant est infâme et corrupteur, il putréfie toute une société, seulement sa puanteur n’est pas perçue par les odorats en ce bas monde, mais elle l’est dans l’autre monde. Par contre, un individu commun ne saurait produire une telle corruption et pourriture dans la société musulmane. Jamais un homme du commun n’oserait se dire « imam » ou « mahdi » ou prétendre à la prophétie et à la divinité. C’est le savant pervers qui entraîne le monde dans la perversion : « Si le savant est perverti, le monde le sera aussi. »[11]

[De l’importance de s’amender et régénérer]

Les faiseurs de religion qui ont égaré et dévoyé des foules considérables étaient pour la plupart des savants religieux, certains s’étant même imposé des pratiques ascétiques durant leurs études dans les séminaires. Le chef de file de l’une des sectes mensongères avait étudié au sein même de nos séminaires, mais comme ses études n’étaient pas accompagnées d’amendement et de régénérescence de soi, qu’il n’avançait pas dans la voie de Dieu, qu’il n’avait pas extirpé les vices de lui-même, il produisit toute cette ignominie[12]. Si l’on n’extirpe pas les abjections de soi-même, on a beau étudier et apprendre, c’est non seulement sans utilité, mais nuisible. Une fois le savoir entré dans ce centre mauvais, il produit de mauvaises branches et cela donne un mauvais arbre. Plus un cœur noir et non amendé emmagasine de concepts, plus il se couvre de voiles. Dans une âme non amendée, le savoir est un voile ténébreux, « le plus grand voile, c’est le savoir ». C’est pourquoi le mal du savant perverti est pour l’islam plus dangereux et plus grand que tous les maux. Le savoir est lumière, mais dans un cœur noir et pervers, il étend l’emprise de l’obscurité et de la noirceur. Un savoir qui rapproche l’être humain de Dieu suscite pour une âme assoiffée de ce monde un éloignement croissant de la cour du Majestueux. Si le but recherché est autre que Dieu, la doctrine de l’unicité divine elle-même fait partie des voiles ténébreux, car elle consiste alors à s’absorber dans ce qui est autre que Dieu. Si quelqu’un connaissait par cœur et récitait le Saint Coran avec ses quatorze variantes de lecture en visant autre que Dieu, il n’y gagnerait que d’être plus voilé et éloigné de la Réalité suprême. Si vous étudiez, si vous vous donnez de la peine, vous pourrez devenir savants, mais il vous faut savoir qu’il y a loin entre être savant et être probe Notre maître, le défunt Shaykh[13], que le Très-Haut soit satisfait de lui, disait : « On a coutume de dire être clerc est facile, être homme est difficile, mais c’est faux ; il faut dire être clerc est difficile, être homme est impossible. »

Acquérir les vertus, les nobles caractères humains et les critères qui font l’humanité fait partie des très grands et difficiles devoirs qui reposent sur vos épaules. N’allez pas vous imaginer qu’étant actuellement occupés à étudier les sciences religieuses et apprendre le droit musulman, qui est la plus noble de ces sciences, vous êtes dorénavant tranquilles et vous êtes acquittés de vos devoirs et obligations. Si l’intention n’est pas pure et pour se rapprocher [de Dieu], ces savoirs n’ont aucune utilité. Si, à Dieu ne plaise, vos études ne sont pas pour Dieu, mais que vous vous y êtes engagés pour les passions de vos âmes, en vue d’obtenir un poste et une situation, d’avoir un titre ou de devenir une personnalité, vous n’aurez acquis qu’un fardeau lourd de conséquences fâcheuses. Si elles sont en vue d’autre que Dieu, ces expressions techniques ne sont qu’un fardeau lourd de conséquences fâcheuses. Si elles ne sont pas accompagnées de probité et de vertu, plus il y aura de ces expressions techniques, plus ce sera au détriment de la société musulmane en ce monde et dans l’autre. Le fait de connaître ces expressions techniques est à lui seul inefficient. Si elle ne va pas de pair avec la pureté de l’âme, la doctrine de l’unicité divine elle-même aura des conséquences fâcheuses. Combien furent de savants théologiens et dévoyèrent des groupes entiers. Combien possédaient mieux que vous les mêmes connaissances que vous et pourtant, du fait qu’ils étaient dévoyés et ne s’étaient pas amendés, dès qu’ils prirent place dans la société, ils égarèrent et dévoyèrent bien des gens. En l’absence de vertu et de probité, plus l’esprit emmagasine de ces arides expressions techniques, plus l’orgueil et la vanité s’emparent de l’âme. Or, un sinistre savant gonflé de vanité ne saurait ni s’amender ni amender la société et il ne pourra causer que du tort à l’islam et aux musulmans. Après des années d’études des sciences religieuses, de dépense des allocations provenant des impôts prescrits par l’islam, de jouissance des rémunérations et gratifications liées aux activités islamiques, il devient un obstacle au progrès de l’islam et des musulmans et il égare et dévoie les populations. Le résultat de ces études et d’avoir été au séminaire est qu’il ne permet pas que l’islam soit connu, que la réalité du Coran soit présentée au monde, et sa présence peut même devenir un empêchement à ce que la société connaisse l’islam et le clergé.

Je ne vous dis pas de ne pas étudier ni apprendre. Vous devez avoir conscience que si vous voulez être un élément utile et influent pour l’islam et la société, guidant les gens et les rapprochant de l’islam, défendant les fondements de l’islam, il vous faut être rompus au droit musulman et en être des experts avisés. Si, à Dieu ne plaise, vous n’étudiez pas, il vous est illicite de rester dans les séminaires et vous ne pouvez pas bénéficier des rémunérations attribuées par l’islam aux étudiants en sciences islamiques. Bien sûr qu’il faut apprendre, seulement, tout comme vous faites des efforts dans les disciplines du droit musulman et de ses fondements, faites en également dans la voie de votre amendement. Chaque fois que vous faites un pas pour acquérir le savoir, faites en aussi un pour réprimer les passions de l’âme, renforcer les facultés spirituelles et acquérir les nobles caractères, les qualités morales et la vertu.

En réalité, l’acquisition de ces connaissances est le préliminaire à l’amendement de l’âme et à l’acquisition des vertus, des bons comportements et des connaissances spirituelles. Ne restez donc pas jusqu’à la fin de votre vie dans le préliminaire en délaissant l’aboutissement. Vous étudiez ces sciences en vue d’un but sublime et saint, qui est la connaissance de Dieu et l’amendement de l’âme, et il vous faut vous employer à obtenir le fruit et résultat de votre travail, vous appliquer à atteindre l’objectif premier et essentiel.

Lorsque vous entrez au séminaire, il vous faut avant tout vous attacher à vous améliorer, et aussi longtemps que vous serez au séminaire, en même temps que vous étudiez, il vous faut amender votre âme, afin que, lorsque vous quitterez le séminaire et que vous serez chargés de guider la population d’une ville ou d’un quartier, les gens tireront profit et leçon de vos actes, de votre comportement et de vos vertus morales, et ils s’amélioreront. Tâchez de vous améliorer, de vous amender avant d’entrer dans la société. Si vous ne vous occupez pas de vous amender et améliorer maintenant que vous êtes disponibles, vous ne pourrez certes pas le faire lorsque la société vous sollicitera.

Il y a bien des choses qui ôtent à l’homme ses moyens et l’empêchent de s’amender et d’étudier. L’une d’elle, pour certains, est cette barbe et ce turban. Lorsque le turban s’étoffe quelque peu et que la barbe s’allonge, si la personne ne s’est pas déjà amendée, elle ne pourra plus étudier et restera bloquée. Il lui sera très difficile de rabrouer son âme passionnelle et d’aller s’asseoir aux pieds d’un maître. Le shaykh Xûsî[14], Dieu ait son âme, suivait des cours à l’âge de cinquante-deux ans, alors qu’entre vingt et trente ans il avait déjà écrit certains de ses livres. C’est dans ces âges-là, semble-t-il, qu’il rédigea le Tahdhîb[15], et à cinquante-deux ans il assistait aux cours du sayyed al-Morta*â[16], Dieu ait son âme, alors qu’il avait atteint un tel rang. A Dieu ne plaise que la barbe de quelqu’un blanchisse quelque peu et que son turban s’étoffe avant qu’il n’ait acquis les vertus et renforcé ses facultés spirituelles, en sorte qu’il se verrait privé de profits scientifiques et moraux et de toutes bénédictions. Mettez-vous à l’ouvrage avant que votre barbe ne blanchisse. Tant que les gens n’ont pas les yeux tournés vers vous, occupez-vous de votre propre état. Dieu ne fasse qu’avant qu’il ne se soit lui-même formé, la société se tourne vers un homme et qu’il devienne pour les gens une personnalité et gagne de l’influence sur eux, car il perdrait toute mesure, il enflerait d’orgueil. Formez-vous et améliorez-vous avant que les rênes de vos affaires ne vous soient arrachés des mains. Parez-vous de vertus, éloignez de vous les vices et ayez dans l’étude une intention pure afin qu’elle vous rapproche de Dieu. Si les actions ne sont pas animées d’une intention pure, elles éloignent l’homme de la cour du Seigneur. Pourvu qu’après soixante-dix ans, lorsqu’on ouvrira le registre de vos œuvres, il n’apparaisse pas, Dieu vous en préserve, que vous vous êtes éloigné de Dieu pendant soixante-dix ans. Vous avez entendu l’histoire de cette pierre qui tomba dans l’Enfer et dont, après soixante-dix ans, le bruit qu’elle fit en en touchant le fond se fit entendre. Selon ce qui est rapporté, le Messager de Dieu, Dieu le bénisse lui et les siens, expliqua qu’un vieillard de soixante-dix ans était mort qui, durant ces soixante-dix années, n’avait fait qu’avancer vers l’Enfer[17]. Prenez garde que l’Enfer ne soit pas l’acquis de quelque cinquante années laborieusement passées dans les séminaires. Pensez-y et faites-vous un programme d’éducation et de régénération de vos âmes et d’amélioration de vos caractères. Désignez-vous un maître d’éthique. Organisez des séances d’exhortation et de prédication, de leçons et de conseils spirituels. On ne peut s’amender de manière autodidacte. Si les séminaires restent ainsi vides de directeurs de conscience et de séances de conseils spirituels, elles seront condamnées à disparaître. Comment se fait-il que les disciplines juridiques des fondements et applications du droit musulman nécessitent maîtres et études, que tout art ou science en ce monde exigent un maître et professeur, que personne ne devient de manière autodidacte spécialiste en quelque branche que ce soit, ni docteur de la Loi, ni savant religieux, mais que les disciplines morales et spirituelles, qui sont le but de la mission des Prophètes et sont des connaissances des plus fines et subtiles, n’auraient nul besoin d’être enseignées ni apprises et s’acquerraient de manière autodidacte et sans professeur ? J’ai à maintes reprises entendu dire qu’un vénérable sayyed fut dans les disciplines éthiques et spirituelles le maître du shaykh Anùârî, qui était lui-même le maître du sayyed dans les disciplines juridiques des fondements et applications du droit musulman[18].

Les Prophètes de Dieu ont été suscités pour former des hommes, pour faire des êtres humains, pour éloigner l’humanité des laideurs, vilénies, perversités et vices et lui faire connaître les vertus et les bons comportements : « J’ai été suscité pour parachever les vertus. »[19] Une connaissance à laquelle Dieu le Très-Haut attache tant d’importance qu’Il en a suscité les Prophètes n’est aujourd’hui pas dispensée dans les séminaires et nul ne lui accorde l’attention qu’elle mérite. Et par suite de la carence des séminaires en disciplines morales et spirituelles, on en est arrivé au point que les questions matérielles et mondaines se sont fait jour au sein du clergé et en ont éloigné beaucoup de la spiritualité et de la cléricature au point qu’il ne savent absolument pas ce que spiritualité veut dire, ce qu’est le devoir d’un clerc et ce qu’il devrait avoir comme programme. Certains s’occupent seulement d’apprendre quelques termes, puis de regagner leur quartier ou de partir ailleurs, de se faire une situation et de se frotter aux uns et aux autres, comme celui-ci qui disait : « Attends que j’apprenne le Shar$ al-Lom‘a[20] et je saurais quoi faire du maire. » Gardez-vous d’avoir au départ pour but et objectif de vos études d’occuper tel poste et obtenir tel rang et de vouloir devenir le chef de telle ville ou le maître de tel village. Il se peut que vous parveniez à réaliser ces désirs passionnels et ambitions sataniques, mais vous n’y aurez gagné, pour vous et pour la société musulmane, que dommages et malheurs. Mo‘âwiya[21] fut lui-même chef pendant longtemps, mais il n’en tira pour tout fruit et profit qu’exécration, malédiction et châtiment posthume.

Vous devez vous amender afin que, lorsque vous deviendrez le leader d’une société ou d’un groupe, vous puissiez aussi les amender eux et agir pour former et améliorer la société. Que votre but soit de servir l’islam et les musulmans. Si vous œuvrez pour Dieu, le Très-Haut est Celui qui retourne les cœurs ; Il tournera les cœurs vers vous : « En vérité, ceux qui ont foi et font œuvres de bien, le Tout-Miséricordieux suscitera pour eux de l’affection » (Coran, 19.96). Faites effort dans la voie de Dieu, dévouez-vous, Dieu ne vous laissera pas sans rétribution : si cela n’a pas lieu en ce bas monde, Il vous récompensera dans l’autre. S’Il ne vous donne pas votre rétribution et récompense en ce monde-ci, tant mieux. Ce bas monde n’est rien. Ces agitations et personnages prendront fin d’ici quelques jours, disparaissant aux regards comme un songe, tandis que la rétribution de l’autre monde sera sans limite ni fin.

[Avertissement aux séminaires]

Il se pourrait que, par des campagnes d’intoxication et des propagandes pernicieuses, des mains infâmes présentent les programmes d’éducation et d’amélioration morales comme dénués d’importance, fassent passer pour indigne d’un savant religieux le fait de monter en chaire pour prêcher et exhorter, et qu’en traitant de « prêcheurs » les grands savants religieux qui sont en position d’améliorer et réorganiser les séminaires, elles les retiennent d’accomplir cette œuvre. Aujourd’hui, peut-être que dans certains séminaires le fait de monter en chaire et de prêcher est considéré comme une honte. Ils ne se rendent pas compte que le Commandeur des fidèles, que la Paix soit avec lui, était un prêcheur qui, du haut des chaires, conseillait, informait, éveillait et guidait les gens. Et les autres Imams, que la Paix soit avec eux, étaient également tels.

Il est possible que des éléments occultes aient inoculé ces idées pernicieuses afin que les disciplines éthiques et spirituelles désertent les séminaires et que par suite nos séminaires se pervertissent et périssent ; que factions, égoïsmes, hypocrisies et dissensions se fassent jour, à Dieu ne plaise, au sein des séminaires et que les gens des séminaires, dressés et ligués les uns contre les autres, se désavouent et s’invectivent mutuellement, se discréditant aux yeux de la société musulmane, de sorte que les étrangers et les ennemis de l’islam trouvent moyen de porter la main sur les séminaires et de les démanteler. Les malveillants savent que les séminaires jouissent du soutien des populations et qu’aussi longtemps que les populations seront leur soutien, il ne sera pas possible de les frapper et démanteler.

Mais le jour où les gens des séminaires, les étudiants des séminaires, dénués de principes moraux et de comportements islamiques, se dresseront les uns contre les autres, fomenteront discordes et factions, ne seront pas probe et vertueux et feront des choses laides et indignes, la population musulmane méprisera inévitablement les séminaires et le clergé, leur retirera son soutien et son appui, et par suite la voie sera ouverte à l’ennemi pour exercer son influence et sa domination. Si vous voyez des États tenir compte d’un clerc ou d’une autorité religieuse de référence et les craindre, c’est parce qu’il jouit du soutien des populations. En réalité, ce sont les populations qu’ils craignent et ils supputent que, s’ils s’en prennent à un clerc, le bafouent et l’offensent, les populations seront révoltées contre eux et se soulèveront. Mais si les clercs se disputent entre eux, se dénigrent mutuellement et se montrent dépourvus de mœurs et comportements islamiques, ils perdront tout crédit dans la société et le peuple lui-même leur filera des mains[22]. Le peuple attend que vous ayez de la spiritualité et des comportements islamiques ; que vous soyez « le parti de Dieu » ; que vous vous écartiez du clinquant de la vie et de ses faux brillants ; que vous ne refusiez aucune sorte de sacrifice pour promouvoir les idéaux de l’islam et servir la communauté musulmane ; que vous œuvriez dans la voie de Dieu et pour Sa satisfaction, sans faire cas de quiconque hormis le Créateur unique… Mais si, contrairement à leur attente, ils voient qu’au lieu d’être tournée vers l’au-delà, toute votre attention va au monde d’ici-bas ; que, tout comme les autres, c’est en vue d’intérêts mondains et personnels que vous faites effort ; que c’est pour ce bas monde et ses vils profits que vous vous disputez les uns avec les autres ; qu’à Dieu ne plaise vous avez fait de l’islam et du Coran votre jouet et que vous faites commerce de la religion pour arriver à vos ignobles fins et à vos sordides et infâmes desseins mondains, alors [le peuple] se dévoiera et vous méprisera, et vous en serez responsables. Si quelques enturbannés parasitant les séminaires s’attaquent les uns les autres pour des ambitions personnelles et des profits mondains, se lancent injures et anathèmes, provoquent troubles et confusions, se disputent la prise en main d’affaires, font grand bruit et tapage, ils auront trahi l’islam et le Coran, trahi les dépôts de confiance divins. Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, a remis entre nos mains la sainte religion de l’islam à titre de dépôt de confiance. Ce Saint Coran est le grand dépôt de confiance de Dieu. Les savants religieux et les clercs sont les dépositaires de Dieu et ils ont pour devoir de veiller sur ce grand dépôt de confiance sans le trahir. Ces animosités et disputes personnelles et mondaines sont une trahison envers l’islam et envers le noble Prophète de l’islam.

Personnellement, je ne vois pas pour quoi sont ces disputes, ces factions et ces ligues ? Si c’est pour ce bas monde, vous n’en possédez rien, et quand bien même vous jouiriez de plaisirs et profits de ce monde qu’il n’y aurait pas lieu de se disputer… A moins que vous ne soyez pas des clercs et que vous n’ayez de la cléricature que le manteau et le turban. Un clerc en rapport avec les réalités transcendantes, un clerc empreint des vivants enseignements et des édifiantes vertus de l’islam, un clerc qui se considère comme disciple et fidèle de ‘Alî fils d’Abû Xâlib, que la Paix soit avec lui, ne saurait accorder la moindre attention aux attraits de ce bas monde, sans même parler de provoquer des disputes pour cela. Vous qui prétendez suivre le Commandeur des fidèles, que la Paix soit avec lui, parcourez au moins un peu la vie de ce grand homme, voyez si vraiment vous le suivez et accompagnez en quoi que ce soit ? Savez-vous quelque-chose du renoncement, de la vertu, de la vie simple et sans fioritures de ce seigneur et le mettez-vous en pratique ? Comprenez-vous quelque-chose des luttes de ce grand homme contre l’oppression, l’injustice et les privilèges de classe ; de la protection et du soutien sans réserve qu’il accordait aux opprimés et victimes d’injustices et des secours qu’il portait aux classes démunies et souffrantes de la société ? Être shiite ne signifierait-il rien de plus que porter l’habit visible de l’islam[23] ? Qu’est-ce qui vous différencie alors des autres musulmans, lorsqu’en ces choses bien des shiites sont plus avancés et plus utiles que vous ? Qu’avez-vous de plus qu’eux ?

Ceux qui, aujourd’hui, ont mis une partie du monde à feu et à sang, y perpétrant massacres et carnages, font cela parce qu’ils rivalisent entre eux pour dépouiller les peuples, engloutir leurs richesses et le produit de leur labeur, s’assujettir et séquestrer les pays faibles et sous-développés. Pour ce faire, au nom de la liberté, de l’essor et de la prospérité, de la défense de l’indépendance et de l’intégrité des territoires, et autres slogans fallacieux, ils attisent chaque jour dans un coin du monde le feu de la guerre et larguent des millions de tonnes de bombes incendiaires sur des populations sans défense. Dans la logique des gens de ce monde, avec ces esprits encrassés, ce conflit semble à propos et justifié, mais votre dispute à vous n’a pas lieu d’être même dans leur logique à eux. Si on leur demande pourquoi ils sont en conflit, ils répondront qu’ils veulent s’emparer de tel pays, que les richesses et profits de tel pays doivent être leurs, mais si l’on vous demande à vous pourquoi vous vous disputez, pour quoi vous êtes en conflit, que répondrez-vous ? Quel profit avez-vous de ce bas monde pour que vous vous le disputiez ? Votre revenu mensuel, que messieurs [les autorités religieuses] vous versent sous le nom de « mensualité », est inférieur à l’argent d’un mois de cigarettes des autres. J’ai lu dans un journal ou une revue, je ne me souviens plus exactement, que le budget que le Vatican envoie pour un prêtre à Washington est énorme. J’ai fait le calcul et j’ai vu que c’était plus que le budget de tous les séminaires shiites. Avec cette vie et cette situation qui sont les vôtres, se justifie-t-il que vous vous disputiez, vous divisiez et vous liguiez les uns contre les autres ?

La racine de toutes les disputes qui n’ont pas un but notable et saint n’est autre que l’amour de ce bas monde. S’il y a aussi de telles disputes entre vous, c’est parce que vous n’avez pas extirpé de votre cœur l’amour de ce bas monde. Comme les profits de ce bas monde sont limités, chacun entre en concurrence avec autrui pour les obtenir. Vous désirez tel poste, un autre le veut aussi, inévitablement cela entraîne jalousie et conflit. Mais les hommes de Dieu qui ont extirpé de leur cœur l’amour de ce bas monde n’ont d’autre but que Dieu. N’étant jamais en conflit, ils ne provoquent pas de tels maux et fléaux. Si tous les Prophètes de Dieu étaient aujourd’hui rassemblés en une ville, ils n’auront jamais entre eux la moindre division ni dispute, car leur but et objectif est unique : leurs cœurs sont tous tournés vers la Réalité suprême et vide d’amour pour ce bas monde.

Si vos faits et gestes et la manière dont vous vivez et vous comportez sont tels qu’on le voit actuellement, craignez de quitter ce bas monde en n’étant pas, Dieu nous en préserve, des fidèles de ‘Alî fils d’Abû Xâlib. Craignez de ne pas avoir la grâce de vous repentir et de vous retrouver privés de l’intercession de ce seigneur. Songez à faire quelque chose avant d’en perdre l’occasion. Mettez fin à ces vulgaires et honteuses disputes. Ces factions et divisions sont une bêtise. Seriez-vous donc adeptes de deux religions ? Votre école serait-elle divisée en sectes ? Pourquoi ne vous rendez-vous pas compte ? Pourquoi ne faites-vous pas preuve entre vous de bonne entente, de bonne foi et de fraternité ? Pourquoi donc ?

Ces disputes sont dangereuses. Des perversions irréparables en résultent. Elles ruinent les séminaires. Elles vous compromettent et discréditent dans la société. Ces luttes de factions ne tourneront pas à vos seuls dépens et n’entraîneront pas que votre honte à vous, mais tourneront au détriment de l’honneur et de la dignité de toute une société, de toute une population, et aux dépens de l’islam. Si des perversions résultent de vos disputes, elles seront un péché impardonnable et plus grave aux yeux de Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, que bien des désobéissances, parce qu’en pervertissant la société, elles préparent la voie à l’influence et à la domination des ennemis. Il se peut que pour détruire les séminaires des mains occultes fomentent l’hypocrisie et la discorde, sèment par divers moyens des germes d’hypocrisie et de dissension, puis, ayant intoxiqué les esprits et brouillé les idées, fabriquent des « devoirs religieux » grâce auxquels ils installent le scandale dans les séminaires pour qu’ainsi les personnes qui sont utiles pour l’avenir de l’islam déchoient et ne puissent désormais servir l’islam et la société musulmane. Ne vous bercez pas vous-mêmes d’illusions telles que « mon devoir religieux l’exige », « mon obligation religieuse est telle ou telle »… Des fois, Satan définit pour l’homme des devoirs et obligations ; d’autres fois, les passions et désirs de l’âme poussent l’homme à faire des choses sous le nom de devoirs religieux. Ce n’est pas devoir religieux que d’outrager un musulman, de médire d’un frère en religion, c’est amour de ce bas monde et amour de soi ; ce sont les inspirations sataniques qui poussent l’homme à une telle calamité. Cette querelle est la querelle des gens du Feu [de l’Enfer] : « En vérité, c’est bien là une réalité : la querelle des gens du Feu » (Coran, 38.64). En Enfer règnent la dispute et la querelle ; les habitants de l’Enfer se disputent et se querellent ; ils se battent entre eux. Si vous vous disputez pour ce bas monde, sachez que vous vous préparez pour vous-mêmes l’Enfer et que vous y allez tout droit. Les choses de l’au-delà ne donnent pas lieu à dispute. Les habitants de l’au-delà vivent en paix et dans la bonne entente. Leurs cœurs sont pleins d’amour pour Dieu et pour les serviteurs de Dieu. L’amour pour Dieu suscite l’amour pour ceux qui ont foi en Dieu. L’amour pour les serviteurs de Dieu n’est autre que le reflet de l’amour pour Dieu, le rayonnement de l’amour pour Dieu.

N’allumez pas le Feu de vos propres mains, n’embrasez pas le feu de l’Enfer. L’Enfer est enflammé par les faits et gestes hideux de l’homme. Ce sont les actes de l’homme rebelle qui embrasent le Feu. [L’un des Imams] a dit : « Nous sommes passés et il était éteint. »[24] Si l’homme n’embrase pas le Feu par ses faits et gestes, l’Enfer reste éteint. C’est la réalité intérieure de ce monde matériel qui est l’Enfer : aller vers le monde matériel, c’est aller vers l’Enfer. Lorsque l’homme quitte ce monde pour l’autre et que les voiles [qui l’empêchent de voir la réalité des choses] disparaissent, il comprend que « cela de par ce que vos mains ont préparé » (Coran, 3.182) et « ils trouveront ce qu’ils ont fait présent » (Coran, 18.49). Tous les actes que l’homme fait en ce bas monde, il les verra dans l’autre monde. Ils prendront corps devant lui : « Quiconque aura fait le poids d’une poussière de bien le verra et quiconque aura fait le poids d’une poussière de mal le verra » (Coran, 99.7-8). Tous les fait et gestes et les dires de l’homme se reflètent dans l’autre monde. C’est comme si on faisait un film de notre vie et qu’on le montrera dans l’autre monde : il n’y aura pas moyen de nier. Tous nos actes et mouvements nous seront montrés, sans compter que nos membres en témoigneront : « Ils dirent : Dieu nous a fait parler, Lui qui fait parler toute chose. » (Coran, 41.21). Face à Dieu qui aura rendu toute chose parlante et loquace, vous ne pourrez nier ni cacher vos actes hideux. Pensez-y quelque peu. Soyez prévoyants. Pesez les conséquences des choses. Songez aux périlleuses étapes qui vous attendent ; n’oubliez pas l’oppression du tombeau, le monde d’outre-tombe et les difficultés et rudes épreuves qui y font suite. Croyez à tout le moins à l’Enfer. Si un homme croit réellement à ces étapes périlleuses, il change sa manière de vivre. Si vous aviez foi en ces choses avec certitude, vous ne vivriez pas de manière si libérée et relâchée. Vous préserveriez votre plume, votre langue et vos membres et vous efforceriez de vous amender et améliorer.

[Les grâces divines]

Comme Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, avait de la bienveillance pour Ses serviteurs, Il leur a fait don de l’intelligence, Il leur a octroyé la grâce de pouvoir s’amender et régénérer et Il a suscité Ses Prophètes et Proches-Amis pour qu’ils soient guidés, s’améliorent et n’aient pas à subir le douloureux tourment de l’Enfer. Et si toutes ces préventions n’ont pas suffi pour que l’homme s’éveille et s’amende, Dieu miséricordieux l’éveille par d’autres voies. Il éveille leur attention par toutes sortes de difficultés, des épreuves, la pauvreté, la maladie… Comme un médecin émérite, un infirmier adroit et miséricordieux, Il s’emploie à guérir cet homme malade de ses graves maux spirituels. Si le serviteur est en grâce auprès de Dieu, ces épreuves le touchent pour que par contrecoup il se tourne vers Dieu et s’amende. Telle est la voie, et il n’en est point d’autre, mais pour en récolter le fruit, l’homme doit par lui-même avancer sur cette voie. Si cette voie n’a pas produit ses fruits et que l’homme égaré n’a pas été guéri et n’a pas mérité les bienfaits paradisiaques, Dieu lui fera subir des oppressions au moment d’agoniser et de rendre l’âme dans l’espoir qu’il revienne et prenne conscience. Si cela s’avère encore infructueux, Il lui fera subir oppressions et tourments dans la tombe, le monde intermédiaire et les étapes périlleuses qui y font suite, afin qu’il soit lavé et purifié et n’aille pas en Enfer. Ce sont là des grâces de la part de la Réalité suprême pour éviter que l’homme soit voué à l’Enfer. Si, malgré toutes ces réelles grâces et attentions du Créateur suprême, il n’est pas guéri, que se passera-t-il ? Inévitablement viendra le tour de l’ultime remède, qui est la cautérisation. Combien il arrive que l’homme ne s’amende et améliore pas, que ces remèdes restent sans effet et qu’il soit besoin que Dieu, le Magnanime et Miséricordieux, amende Son serviteur par le Feu, tout comme l’or doit être épuré par le feu.

A propos du noble verset « ils y resteront des éons » (Coran, 78.23), il est rapporté dans un hadith que ces éons concernent ceux qui ont suivi la guidance et dont la foi est restée pour l’essentiel intacte[25]. Cela vaut pour vous et moi, pour autant que nous soyons gens de foi. Et chaque éon dure Dieu sait combien de milliers d’années. Dieu nous garde d’en arriver à un stade où ces remèdes deviendraient inutiles et inefficaces et qu’il faudrait en passer par l’ultime remède pour mériter de goûter au Délice éternel ; que l’on devrait, à Dieu ne plaise, aller quelque temps en Enfer et y brûler dans le feu pour être purifiés des vices moraux, des souillures spirituelles et des ignobles attributs sataniques et mériter de jouir des « Paradis sous lesquels coulent les ruisseaux » (Coran, 2.25, etc.). D’autant que cela concerne ceux des serviteurs dont les péchés et désobéissances n’auront pas été d’ampleur à les priver radicalement de la miséricorde et de la grâce de la Réalité suprême et qui seront encore foncièrement dignes d’entrer au Paradis. Dieu ne fasse pas que, par suite du grand nombre de nos désobéissances, l’on se voie rejeté et repoussé de la cour du Créateur suprême et privé de la miséricorde divine, de sorte qu’il n’y aura pas d’autre issue que rester à jamais dans le feu de l’Enfer. Craignez d’être privés, à Dieu ne plaise, de la miséricorde et de la grâce divines et d’être l’objet de Sa colère, de Son courroux et de Son tourment. A Dieu ne plaise que vos actes, vos faits et dires, soient tels qu’Il vous retire Ses grâces et que vous n’ayez d’autre issue que rester à jamais dans le Feu. Vous ne pouvez actuellement pas garder une seule minute une pierre chaude dans votre main, alors gardez-vous du feu de l’Enfer. Jetez ces feux hors des séminaires et du milieu clérical. Éloignez de vos cœurs ces discordes, ces hypocrisies. Ayez un beau comportement et soyez en bons termes avec les créatures de Dieu. Considérez-les d’un œil affectueux et bienveillant. Certes, en raison de sa désobéissance et de sa rébellion, ne soyez pas en bons termes avec le pécheur ; mettez-le face à son acte indigne et laid et défendez-le-lui, mais gardez-vous de semer le trouble et l’agitation. Faites du bien aux bons et honnêtes serviteurs de Dieu. Respectez ceux qui sont savants en vertu de leur savoir, ceux qui sont dans la bonne voie en vertu de leurs bonnes actions et ceux qui sont ignorants et incultes pour la raison qu’ils sont des serviteurs de Dieu. Ayez un bon comportement. Soyez miséricordieux. Faites preuve de sincérité et de fraternité. Amendez-vous. Vous voulez amender et guider la société : quelqu’un qui n’a pas su s’améliorer et se diriger, comment voudrait-il et pourrait-il guider et diriger autrui ? Il ne reste à présent que quelques jours du mois de sha‘bân : tâchez de réussir, pendant ces quelques jours, à vous repentir et à réformer votre âme, et abordez le mois béni de Rama*ân avec une âme saine.

[Quelques points de l’invocation du mois de sha‘bân]

En ce mois, vous êtes-vous un tant soit peu adressé à Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, au moyen de l’invocation du mois de sha‘bân[26], que des propos rapportés [des Saints Imams] prescrivent de réciter du début à la fin de ce mois ? Et avez-vous tiré profit de ses contenus sublimes et édifiants pour avoir plus de foi et mieux connaître le Seigneur ? Il est rapporté de cette prière qu’elle est l’invocation de Sa Seigneurie le Commandeur [des fidèles ‘Alî fils d’Abû Tâlib], que la Paix soit avec lui, et de ses fils, et que tous les Saints Imams, que la Paix soit avec eux, invoquaient Dieu par elle[27]. Il est tout à fait exceptionnel qu’il ait été dit d’une prière et invocation que tous les Imams la récitaient et invoquaient Dieu par elle. En réalité, cette invocation est une entrée en matière pour éveiller et préparer l’homme à accueillir les devoirs du mois béni de Rama*ân, et peut-être pour rappeler à l’homme conscient et attentif la raison d’être du jeûne et ses fruits inestimables.

Les Saints Imams, que la Paix soit avec eux, ont exposé bien des questions dans le langage de la prière. Le langage de la prière est très différent d’autres modes d’expression qu’ils avaient pour exposer les prescriptions [de la Loi révélée]. La plupart des questions spirituelles, des questions métaphysiques, des délicates questions théologiques, ce qui a trait à la connaissance de Dieu, ils l’ont exposé dans le langage de la prière. Mais voilà, nous récitons les prières jusqu’au bout et ne faisons malheureusement pas attention à ces idées et, au fond, nous ne comprenons pas ce qu’ils veulent dire.

Dans cette invocation, on récite : « O mon Dieu, accorde-moi pleine consécration à Toi et illumine les regards de nos cœurs par la splendeur de Ta vision, afin que les regards des cœurs transpercent les voiles de lumière, parviennent à la Source de la Grandeur et que nos esprits soient liés à la toute-puissance de Ta sainteté. »

La phrase « ô mon Dieu, donne-moi d’entièrement me consacrer à Toi » peut vouloir dire que les hommes de Dieu avisés doivent, avant même l’arrivée du mois béni de Rama*ân, se préparer pour un jeûne qui consiste en réalité à se couper et s’abstenir des plaisirs de ce bas monde, cette abstention parfaite étant ipso facto consécration à Dieu. L’entière consécration ne s’obtient pas si facilement que cela. Pour pouvoir de toutes ses forces se couper de ce qui est autre que Dieu et n’y point prêter attention, il y a extraordinairement besoin d’exercice, de zèle, d’ascèse, de persévérance et de pratique. Toutes les nobles qualités humaines sont contenues dans l’entière consécration à Dieu. Si quelqu’un y parvient, il aura trouvé une immense félicité. Mais avec la moindre attention pour ce bas monde, il est impossible qu’il y ait consécration à Dieu. Celui qui entend accomplir le jeûne du mois béni de Rama*ân de la manière qui lui est demandée doit nécessairement jouir d’une entière consécration pour pouvoir faire honneur à ses obligations d’invité et connaître autant que possible le rang de son hôte.

Comme l’a dit le plus noble Messager, Dieu le bénisse lui et les siens, d’après un prône qui lui est attribué, tous les serviteurs sont conviés durant le mois de Rama*ân à être les invités de Dieu le Très-Haut et sont ainsi les hôtes de leur Seigneur. Il a dit : « O vous, les gens, voici venu le mois de Dieu […] et vous y êtes conviés à être les hôtes de Dieu. »[28] Durant les quelques jours qui vous restent jusqu’au mois de Rama*ân, réfléchissez. Améliorez-vous et tournez-vous vers la Réalité suprême. Demandez pardon pour vos faits et gestes indignes. Si, à Dieu ne plaise, vous avez commis quelque péché, repentez-vous-en avant de commencer le mois de Rama*ân. Habituez votre langue à invoquer la Réalité suprême. Dieu vous garde de faire de la médisance, de porter une accusation injuste, bref de commettre quelque péché et d’être ainsi souillé par des désobéissances en présence même du Seigneur, au milieu des grâces divines et dans Sa salle de réception. En ce noble mois, vous êtes conviés à être les hôtes de la Réalité suprême : « vous y êtes conviés à être les hôtes de Dieu ». Préparez-vous donc pour la splendide réception de la Réalité suprême.

Respectez à tout le moins les règles formelles et exotériques du jeûne — quand aux règles véritables, c’est une autre affaire, qui requiert une vigilance et un zèle permanents. Jeûner ne signifie pas seulement ne pas manger ni boire. Il faut aussi ne pas désobéir. C’est là une des règles élémentaires du jeûne, pour les débutants. Pour les hommes de Dieu qui entendent parvenir à la Source de la Grandeur, les règles du jeûne sont autre chose. Mettez au minimum en pratique les règles élémentaires du jeûne. Et tout comme vous privez votre ventre de nourriture et de boisson, préservez également vos yeux, vos oreilles et votre langue des désobéissances. Engagez-vous dès à présent à empêcher votre langue de médire, calomnier, dénigrer ou mentir et à extirper de votre cœur animosité, jalousie et autres abjections sataniques. Si vous le pouvez, consacrez-vous à Dieu. Accomplissez vos œuvres sincèrement et sans ostentation. Détournez-vous des démons qu’ils soient des humains ou des djinns. Cela dit, selon toute apparence, il nous faut désespérer d’atteindre et obtenir une si précieuse félicité. A tout le moins, faites en sorte que votre jeûne ne soit pas entaché de choses illicites, faute de quoi, même si votre jeûne est formellement valide, il ne sera pas accepté par Dieu ni ne s’élèvera vers Lui. L’élévation et l’acceptation des œuvres sont bien autre chose que leur validité formelle. Si à la fin du mois béni de Rama*ân aucun changement n’est intervenu dans vos actes et comportements et que votre manière d’agir n’est pas différente de ce qu’elle était avant le mois du jeûne, il sera clair que vous n’aurez pas accompli le jeûne qui vous était demandé. Vous n’aurez fait que le jeûne animal du commun.

En ce noble mois, maintenant que vous avez été conviés à la salle de réception divine, si vous n’avez pas trouvé la connaissance de la Réalité suprême ou si votre connaissance n’a pas augmenté, sachez que vous n’êtes pas vraiment devenus hôtes de Dieu et que vous ne vous êtes pas acquittés des devoirs d’un hôte. Il ne faut pas que vous oubliiez qu’en ce mois béni, qui est le mois de Dieu, les portes de la miséricorde divine sont grandes ouvertes pour les serviteurs et que, selon les hadiths, diables et démons sont ligotés et enchaînés[29]. Si vous ne pouvez vous améliorer et amender, surveiller et contrôler l’âme qui pousse au mal, dominer les passions de l’âme et couper votre lien et attachement à ce bas monde et aux choses matérielles, il vous sera difficile de pouvoir réaliser ces choses après la fin du mois du jeûne. Profitez donc de l’occasion et employez-vous à améliorer, amender et purifier ce qui vous concerne avant que cette sublime effusion de grâces ne cesse. Préparez et apprêtez-vous pour accomplir les devoirs du mois du jeûne. Ne soyez pas tels que, comme une montre remontée par la main de Satan avant l’arrivée du mois de Rama*ân, vous soyez machinalement occupés, en cet unique mois où les diables sont enchaînés, à désobéir et à enfreindre les prescriptions de l’islam. Parfois, en raison de son éloignement de Dieu et de la quantité de ses désobéissances, l’homme désobéissant et pécheur s’enfonce tellement dans les ténèbres et l’ignorance qu’il n’est même plus besoin que Satan le tente : il devient lui-même satanique. Le « baptême de Dieu » est à l’opposé du baptême de Satan[30]. Quelqu’un qui suit les passions de son âme et emboîte le pas à Satan devient peu à peu satanique.

Prenez la décision, au moins pendant cet unique mois, de vous surveiller, d’éviter les propos et les actes que Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, n’agrée pas. Dès à présent, en cette séance même, prenez envers votre Seigneur l’engagement de vous abstenir, pendant le mois béni de Rama*ân, de médire des autres, de les dénigrer et de les calomnier. Maîtrisez votre langue, vos yeux, vos mains, vos oreilles et vos autres membres. Surveillez vos actes et vos paroles, peut-être que cette action louable même fera que Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, Se tourne vers vous et vous accorde la réussite, si bien que le mois du jeûne passé, quand les démons seront délivrés de leurs chaînes, vous aurez été amendés, ne vous laisserez plus tromper par Satan et serez devenus probes.

Je le répète encore : prenez la décision de surveiller, pendant ces trente jours du mois béni de Rama*ân, votre langue, vos yeux, vos oreilles et tous vos membres, et interrogez-vous sans cesse sur la légitimité au regard de la Loi révélée de l’acte que vous voulez accomplir, des paroles que vous voulez prononcer, des propos que vous êtes en train d’écouter… Ce sont là les règles élémentaires et formelles du jeûne. Respectez à tout le moins ces règles formelles. Si vous voyez que quelqu’un veut médire, empêchez-le et dites-lui que vous vous êtes engagés à vous abstenir des choses illicites pendant ces trente jours du Rama*ân, et si vous ne pouvez l’empêcher de médire, quittez cette réunion ; ne vous asseyez pas pour écouter. Les musulmans ne doivent rien avoir à craindre de votre part. Quelqu’un dont les autres musulmans ne sont pas à l’abri de la main, de la langue ou de l’œil n’est pas en réalité musulman[31] ; il ne l’est que formellement et en apparence ; il n’a que formellement dit « point de dieu hormis Dieu ». Si, à Dieu ne plaise, vous entendiez offenser et bafouer quelqu’un ou commettre quelque médisance, sachez que vous êtes en présence du Seigneur, que vous êtes les hôtes de Dieu le Très-Haut, et que c’est en présence de la Réalité suprême que vous vous comportez mal envers Ses serviteurs. Or, offenser un serviteur de Dieu, c’est offenser Dieu. Ce sont là des serviteurs de Dieu, surtout si ce sont des gens de science cheminant sur la voie du savoir et de la vertu.

Parfois, vous voyez un homme en arriver par de telles choses au point qu’au moment de mourir il renie Dieu et nie les signes de Dieu : « Puis, l’aboutissement de ceux qui firent le mal fut qu’ils traitèrent de mensonge les signes de Dieu et s’en moquèrent » (Coran, 30.10). Ces choses se font progressivement. Aujourd’hui, un regard fautif, le lendemain un propos médisant et un autre jour une offense à un musulman… Peu à peu, ces désobéissances s’amassent dans le cœur et, l’ayant noirci, empêchent l’homme de connaître Dieu. Les choses en arrivent au point que, niant toutes choses, il traite les vérités de mensonges.

D’après certains versets, selon le commentaire qu’en donnent quelques hadiths, les œuvres de l’homme sont présentées au Messager de Dieu et aux Saints Imams, que Dieu leur donne la Paix, et passent devant leurs yeux bénis[32]. Lorsque ce seigneur considère vos œuvres et les voit pleines de fautes et de péchés, combien est-il mécontent et affecté. Ne faites pas en sorte que le Messager de Dieu soit mécontent et affecté ; ne consentez pas à ce que le cœur béni de ce seigneur soit brisé et affligé. Lorsque ce seigneur voit le registre de vos œuvres rempli de médisance, de dénigrement et de calomnie envers des musulmans, que de plus vous ne vous intéressez qu’à ce bas monde et aux choses matérielles et que vos cœurs débordent de rancœur, jalousie, animosité et mépris les uns envers les autres, il se peut qu’il ait honte devant Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, et les anges de Dieu que sa communauté et ses fidèles se montrent ingrats envers les grâces divines et trahissent si insolemment et impudemment les dépôts confiés par Dieu le Très-Haut, béni soit-il. Si une personne liée à une autre, ne fût-ce qu’en tant que son serviteur, commet un manquement, cela fait honte à cet autre. Vous, vous êtes liés au Messager de Dieu, Dieu le bénisse lui et les siens. En entrant au séminaire, vous vous êtes rattachés au droit de l’islam, au plus noble Messager et au Saint Coran. Si vous commettez un acte hideux, cela touche ce seigneur, ce lui est pénible… Il est possible, à Dieu ne plaise, qu’il vous maudisse… Ne consentez pas à ce que le Messager de Dieu, Dieu le bénisse lui et les siens, et les Saints Imams, que la Paix soit avec eux, soient soucieux et affligés.

Le cœur de l’homme est comme un miroir poli et clair, et du fait de trop d’attention pour ce bas monde et de quantité de désobéissances, il se ternit, mais si l’homme accomplit au moins le jeûne pour Dieu le Très-Haut, sincèrement et sans ostentation — je ne dis pas que les autres œuvres de service divin ne doivent pas êtres sincères ; toutes les œuvres de service divin doivent être accomplies sincèrement et sans ostentation —, si dans cet unique mois il accomplit bien cette œuvre de service divin qui consiste à se détourner des passions, à s’écarter des plaisirs et à se détacher de ce qui est autre que Dieu, il se peut que, touché par l’effusion de grâce divine, le miroir de son cœur soit poli de sa noirceur et de ses ternissures, et il y a espoir que cela l’écarte et le détourne du monde matériel et des plaisirs de ce bas monde et que, à l’arrivée de la Nuit de Valeur[33], il obtienne les inspirations lumineuses qui se produisent en cette nuit pour les proches-amis de Dieu et les fidèles.

La rétribution d’un tel jeûne est Dieu, comme Il l’a dit : « Le jeûne est pour Moi et c’est Moi qui le rétribue »[34]. Rien d’autre ne saurait être la récompense d’un tel jeûne. Les Paradis de délices sont sans valeur en face d’un tel jeûne et ne sauraient être comptés comme sa récompense. Mais s’il s’agit, sous le nom de jeûne, de fermer la bouche à ce qui se mange et de l’ouvrir pour médire des gens et de passer les nuits du mois béni de Rama*ân, dont les soirées chaleureuses et animées offrent tant d’occasions et de moments supplémentaires, à médire, calomnier et offenser des musulmans jusqu’à l’aube, on n’en retirera rien et il n’en résultera aucun profit. Pire, jeûner ainsi revient à manquer aux bienséances de l’hospitalité divine, à mépriser le droit de son Bienfaiteur — un Bienfaiteur qui a réuni pour l’homme, avant même sa création, toutes sortes de commodités pour sa vie et sa quiétude ; disposé les moyens de progresser ; suscité les Prophètes pour le guider ; révélé les Livres célestes ; lui a donné la capacité de parvenir à la Source de la Grandeur et à la plus béatifique Lumière ; l’a doté de l’intelligence et de la perception ; l’a comblé de dons ; et maintenant Il invite Ses serviteurs à œuvrer afin qu’ils entrent dans Sa salle de réception, prennent place au banquet de ses bienfaits et Lui en rendent grâce dans la mesure de leur capacité. Serait-il correct que les serviteurs profitent du banquet de ses bienfaits, usent des commodités qu’Il a mises à leur disposition, et qu’ils s’opposent à leur Maître et Hôte et se soulèvent contre Lui ? Qu’ils emploient les moyens et instruments qu’Il leur a donnés contre Lui et au contraire de Sa volonté ? N’est-ce pas de l’ingratitude et du manque de reconnaissance que quelqu’un soit assis à la table de son Maître et qu’il offense et bafoue son respectable Hôte, qui est son bienfaiteur, par ses actes et comportements impudents et malséants ? Qu’il commette des actes qui, aux yeux de son Hôte, sont hideux et laids ?

L’invité se doit à tout le moins de connaître son hôte, de savoir quel est son rang et, instruit des bienséances et convenances des assemblées, de s’efforcer de ne pas commettre un acte contraire à la morale et à la courtoisie. L’invité de Dieu le Très-Haut se doit de connaître le rang seigneurial du Maître majestueux, un rang que les Imams, que la Paix soit avec eux, et les grands Prophètes divins recherchaient sans cesse à plus parfaitement connaître avec l’espoir de parvenir à une telle Source de Lumière et de Grandeur. « Et illumine les regards de nos cœurs par la splendeur de Ta vision, afin que les regards des cœurs transpercent les voiles de lumière, parviennent à la Source de la Grandeur. » Être l’hôte de Dieu, voilà « la Source de la Grandeur ». Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, a convié Ses serviteurs à venir à la Source de la Lumière et de la Grandeur, mais si le serviteur n’en est pas digne, il ne saurait parvenir à un rang si glorieux et majestueux. Dieu le Très-Haut a convié les serviteurs à tous les biens et bienfaisances et à bien des délices moraux et spirituels, mais s’ils ne sont pas eux-mêmes préparés à de si sublimes états, ils ne peuvent y parvenir. Avec des souillures spirituelles, des vices moraux, des désobéissances du cœur et du corps, comment pourrait-on paraître en présence du Seigneur et entrer dans la salle d’hôtes du Maître des maîtres, qui est « la Source de la Grandeur » ? Il faut en être digne. Cela exige une préparation. Avec ces noirceurs et ces cœurs souillés recouverts de voiles ténébreux, on ne peut saisir ces sens et ces réalités spirituelles. Ces voiles doivent être déchirés. Les voiles ténébreux et lumineux qui recouvrent le cœur et empêchent d’arriver à Dieu doivent être écartés pour pouvoir entrer dans la lumineuse et glorieuse assemblée divine.

[Les voiles de l’homme]

Se tourner vers autre que Dieu enferme l’homme dans des voiles ténébreux et lumineux. Si elles amènent l’homme à se tourner vers le monde et à négliger le Très-Haut, toutes les choses de ce monde suscitent des voiles ténébreux. Tous les mondes corporels sont des voiles ténébreux. Et si ce bas monde devient un moyen de se tourner vers Dieu et de parvenir à l’autre monde, qui est la Demeure honorifique, les voiles ténébreux deviennent des voiles lumineux. La « pleine consécration » consiste en ce que tous les voiles ténébreux et lumineux soient déchirés et écartés pour qu’il devienne possible d’entrer dans la salle d’hôtes divine, qui est « la Source de la Grandeur ». C’est pour cela que dans cette invocation on demande à Dieu le Très-Haut la vision et la lumière du cœur afin de pouvoir transpercer les voiles lumineux et parvenir à la Source de la Grandeur : « Afin que les regards des cœurs transpercent les voiles de lumière, parviennent à la Source de la Grandeur ».

Mais quelqu’un qui n’a même pas déchiré les voiles ténébreux, quelqu’un dont toute l’attention est tournée vers le monde matériel et qui, à Dieu ne plaise, s’est détourné de Dieu et, foncièrement ignorant du monde spirituel et de ce qui est au-delà de ce bas monde, est enfoncé dans le monde matériel et ne s’est jamais préoccupé de s’amender, de susciter en lui une énergie et un mouvement moraux et spirituels, d’écarter les voiles noirs qui recouvrent son cœur de leur opacité, celui-là se trouve « au plus bas des bas », qui est le dernier des voiles ténébreux : « Puis Nous les avons renvoyés au plus bas des bas » (Coran, 95.5) ; alors que le Seigneur de l’univers a créé l’homme au plus haut rang et degré : « Nous avons certes bien créé l’homme dans la plus belle stature » (Coran, 95.4). Quelqu’un qui suit les passions de son âme, qui depuis qu’il est conscient de lui-même n’a jamais prêté la moindre attention à autre chose qu’au monde ténébreux de la matière, qui ne pense même jamais qu’il pourrait aussi y avoir un autre lieu et une autre demeure que ce sombre bas monde souillé, qui est enfoncé dans les voiles ténébreux, celui-là est devenu quelqu’un à qui s’applique [la Parole divine] « Il s’est accroché à la terre et a suivi ses passions » (Coran, 7.176). Avec ce cœur souillé par le péché et recouvert d’un voile ténébreux, un esprit assombri éloigné de la Réalité suprême par suite de quantité de péchés et désobéissances, ces cultes des passions et ces ambitions mondaines qui ont aveuglé son intelligence et son œil clairvoyant, il ne saurait se défaire des voiles ténébreux, sans même parler de déchirer les voiles lumineux et de réaliser la parfaite consécration à Dieu. Il lui faudra être très croyant pour ne pas nier le rang des proches-amis de Dieu, ne pas traiter de légendes les mondes intermédiaires [d’outre-tombe], le pont [surplombant l’Enfer], le retour [des créatures à Dieu], la résurrection, le jugement dernier, le registre [des œuvres], le paradis et l’enfer. Par suite de ses désobéissances et de son attachement à ce bas monde, l’homme en vient progressivement à nier ces réalités. Il nie les stations des proches-amis [de Dieu], alors que les stations des proches-amis ne sont pas autre chose que [ce à quoi réfèrent] ces quelques phrases dites [par les Infaillibles] dans les prières et invocations.

[Connaissance et foi]

Parfois, on voit que quelqu’un a connaissance de ces réalités, mais qu’il n’y a pas foi. Le laveur de mort n’a pas peur des morts, parce qu’il a la certitude que les morts n’ont pas le pouvoir de nuire et de faire du mal. Lorsqu’il était en vie et que l’esprit était dans le corps, il ne pouvait déjà rien faire, alors combien plus maintenant qu’il a laissé son corps. Quant à ceux qui ont peur des morts, c’est parce qu’ils n’ont pas foi en cette vérité ; il n’en ont que connaissance. Ils ont connaissance de Dieu et du jour de la rétribution, mais ils n’ont pas la certitude : le cœur ignore ce que l’intelligence a saisi. Ils savent par raisonnement que Dieu est et qu’il y a retour à Dieu et résurrection, mais ce raisonnement démonstratif même peut devenir un voile du cœur et empêcher la lumière de la foi d’illuminer le cœur, jusqu’à ce que Dieu le Très-Haut le fasse sortir des ténèbres et de l’obscurité et entrer dans le monde de la lumière et de la clarté : « Dieu est le tuteur de ceux qui ont la foi : Il les fait sortir des ténèbres vers la lumière vers la lumière » (Coran, 2.257). Celui dont Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, est le tuteur et qu’Il a fait sortir des ténèbres ne commettra plus de péché, ne médira pas, ne calomniera pas, n’éprouvera pas d’animosité ni de jalousie pour son frère dans la foi… Le cœur illuminé, il n’accorde aucune valeur à ce bas monde et à ce qu’il contient. Comme l’a dit sa seigneurie le Commandeur [des fidèles, ‘Alî fils d’Abû Xâlib], que la Paix soit avec lui : « Si l’on me donnait tout ce bas monde et ce qu’il contient pour que je retire violemment et injustement le son d’un grain d’orge de la bouche d’une fourmi, je n’accepterais jamais »[35]. Mais certains d’entre vous foulent toutes choses aux pieds. Vous médisez des grands hommes de l’islam. Si d’autres dénigrent l’épicier et l’herboriste du coin et médisent d’eux, ceux-là imputent des choses indignes aux savants de l’islam, les offensent et les bafouent, parce que leur foi est superficielle et qu’ils ne croient pas à la sanction de leurs faits et actes.

L’infaillibilité n’est rien d’autre que la foi parfaite. L’infaillibilité des Prophètes et des Proches-Amis ne signifie pas que [l’ange] Gabriel, par exemple, les prenne par la main. Certes, si Gabriel le prenait par la main, Shamr[36] lui-même ne pécherait jamais. Non, l’infaillibilité est le fruit de la foi. Si quelqu’un a foi en la Réalité suprême et voit Dieu le Très-Haut par l’œil du cœur autant qu’il voit le soleil, il ne lui est pas possible de pécher et désobéir, tout comme on ne peut fauter en face d’un homme puissant et armé. Cette crainte, qui empêche l’homme de tomber dans le péché, provient du fait de se savoir en présence [de Dieu]. Outre leur création à partir d’une substance pure, les Infaillibles, que la Paix soit avec eux, du fait de leur ascèse et qu’ils ont acquis luminosité et vertus, se voient sans cesse en présence de Dieu le Très-Haut, qui est omniscient et embrasse toutes choses. Ayant foi en ce que signifie « point de dieu hormis Dieu », ils croient qu’en dehors de Dieu, toute personne et toute chose est évanescente et ne peut avoir aucune influence sur la destinée de l’homme : « Toute chose est périssante hormis Sa face » (Coran, 28.88). Si quelqu’un a la certitude et la foi que tous les mondes apparents et invisibles sont pleins de la présence divine et que la Réalité suprême est partout présente et témoin, il ne lui est pas possible de commettre un péché en présence de Dieu et des grâces de Dieu. Un être humain ne pèche pas devant un enfant de l’âge de raison ni ne commet d’impudeur, alors comment se fait-il que devant la Réalité suprême et en présence du Seigneur il commette des impudeurs et ne recule devant aucun crime ? C’est tout simplement qu’il a foi en la présence de l’enfant, mais que, même s’il a connaissance du fait que le Seigneur est partout présent, il n’y a pas foi. Pire, par suite de la quantité de désobéissances qui ont enténébré et noirci son cœur, il ne peut plus du tout accepter ce genre de questions et de vérités ; peut-être ne considère-t-il même pas probable qu’elles soient véritables et réelles. Vraiment, si quelqu’un considérait comme probable — il n’est pas besoin que ce soit une certitude — que ces informations qui se trouvent dans le Saint Coran et les promesses et menaces qui y sont faites soient vraies, il réviserait ses actes et son comportement et ne foncerait pas si insolemment et impudemment. Si vous considériez comme probable qu’il y ait sur un chemin un fauve et qu’il pourrait vous faire du mal ou qu’un homme armé s’y trouve qui pourrait vous agresser, par précaution vous vous garderiez de prendre ce chemin et vous chercheriez à savoir si c’est vrai ou faux. Se pourrait-il que quelqu’un considère probable l’existence de l’Enfer et le séjour éternel dans le Feu, et n’en commette pas moins des transgressions ? Pourrait-on dire que quelqu’un sait Dieu le Très-Haut présent et témoin, se voit lui-même en présence du Seigneur, considère probable que ses faits et dires connaîtront leur sanction, qu’il y aura jugement et châtiment, qu’en ce bas monde toute parole qu’il prononce, toute chose qu’il entreprend, toute action qu’il accomplit est notée et consignée, que les anges de Dieu, veilleurs et présents[37], l’observent et consignent tous ses faits et dires, et qu’en même temps [cette personne] n’a aucun scrupule à commettre des transgressions ? Le problème est que l’on ne considère même pas probable que ces choses soient bien réelles. On conclut de la conduite et du comportement de certains qu’ils ne considèrent pas probable qu’il y ait un monde au-delà du monde matériel, car cette simple probabilité suffit à détourner l’homme de bien des choses indignes.

[Le premier pas pour s’amender]

Jusqu’à quand comptez-vous dormir du sommeil de l’inconscience et vous vautrer dans le vice et la perversion ? Craignez Dieu, inquiétez-vous des conséquences des choses, éveillez-vous du sommeil de l’insouciance. Vous ne vous êtes pas encore réveillés. Vous n’avez pas encore fait le premier pas. Le premier pas du cheminement spirituel est l’éveil, mais vous dormez, les yeux ouverts et les cœurs plongés dans le sommeil. Si les cœurs n’étaient pas assoupis, si les cœurs n’étaient pas noircis et corrodés par les péchés, vous ne persisteriez pas aussi tranquillement et imperturbablement dans vos actes et propos inconvenants. Si vous pensiez un tant soit peu aux choses de l’au-delà et à ses terrifiantes étapes, vous accorderiez plus d’importance aux lourdes obligations et responsabilités qui pèsent sur vos épaules.

Un autre monde vous attend vous aussi. Retour à Dieu et résurrection sont aussi pour vous. Vous n’êtes pas comme les êtres autres [qu’humains] qui n’ont pas de retour à Dieu. Pourquoi cela ne vous donne-t-il pas à réfléchir ? Pourquoi ne devenez-vous pas éveillés et conscients ? Pourquoi vous livrez-vous ou prêtez-vous l’oreille avec une conscience aussi tranquille à la médisance et au dénigrement de vos frères musulmans ? Savez-vous seulement que ces langues qui s’étirent pour médire seront foulées aux pieds à la résurrection ? Savez-vous que « la médisance est la pâture des chiens de l’Enfer »[38] ? Avez-vous seulement pensé aux conséquences funestes qu’ont ces discordes, animosités, jalousies, mépris, égoïsmes, orgueils et infatuations ? Savez-vous que, ces œuvres viles et illicites vous ayant conduit en Enfer, il se pourrait, à Dieu ne plaise, qu’elles vous condamnent au séjour éternel dans le Feu ?

Dieu nous préserve de souffrir de maux indolores. Les maux douloureux incitent l’homme à se soigner, à consulter un médecin, à se rendre à l’hôpital, mais un mal indolore et insensible est très dangereux. Lorsque l’homme en prend conscience, il est trop tard pour faire quelque chose. Si les maladies de l’âme faisaient mal, il y aurait de quoi rendre grâce : somme toute, elles pousseraient l’homme à se soigner et se guérir. Mais qu’y peut-on que ces dangereuses maladies ne fassent pas mal ? Les maladies de l’orgueil et de l’égoïsme sont indolores. Les désobéissances corrompent le cœur et l’esprit sans faire mal. Ces maux ne sont pas seulement indolores, ils sont aussi d’apparence agréable. Les assemblées et réunions que l’on passe à médire sont très chaleureuses et savoureuses. L’amour de soi et de ce bas monde, qui est la racine de tous les péchés[39], est agréable. Celui qui souffre de potomanie[40] se détruit en buvant de l’eau, mais jusqu’au dernier souffle, il prend plaisir à en boire. Inévitablement, si l’homme tire plaisir d’une maladie et n’en souffre pas, il ne cherchera pas à se soigner et autant on l’avertira que [son mal] est mortel, il ne le croira pas. Si un homme souffre d’idolâtrie pour ce bas monde ou pour ses passions, que l’amour de ce bas monde a envahi son cœur, il sera dégoûté par ce qui n’est pas ce bas monde et ce qui s’y trouve ; à Dieu ne plaise, il fera preuve d’animosité et ressentira de la rancœur et de la haine envers Dieu, Ses serviteurs, les Prophètes, les Proches-Amis divins et les anges de Dieu. Et lorsque les anges viendront prendre son âme sur ordre de Dieu le Transcendant, il ressentira une vive aversion et répugnance, car il verra que Dieu et les anges de Dieu veulent le séparer de son bien-aimé — ce bas monde et les choses de ce monde — et il se peut qu’il quitte ce monde en ressentant inimitié et animosité envers la Réalité suprême. Un grand personnage de Qazvin, que Dieu le Très-Haut lui fasse miséricorde, rapportait qu’il se trouva un jour au chevet d’un mourant qui, dans les dernières minutes de sa vie, ouvrit les yeux et dit : « Nul ne m’a fait autant injustice que Dieu : j’ai élevé mes enfants avec toutes les peines du monde, et voilà qu’Il veut m’en séparer ; y aurait-il plus grande injustice ? » Si l’homme ne s’amende pas, ne se détourne pas de ce bas monde et n’en extirpe pas l’amour de son cœur, il est à craindre qu’au moment de mourir il rende l’âme avec un cœur débordant de rancœur et d’animosité envers Dieu et Ses Proches-Amis. Un si funeste sort est tout ce qui l’attend. Un humain aussi impudent est-il la plus noble des créatures, ou en réalité la pire ? « Par le ‘aùr[41], en vérité l’homme est en perdition, hormis ceux qui ont la foi, qui font œuvres de bien, s’exhortent à la vérité et s’exhortent à la patience » (Coran, 103.1-3). Dans cette sourate, Dieu n’a exclu que les gens de foi qui font œuvre bonne. L’œuvre bonne est celle qui s’accorde avec l’esprit, mais on constate que de nombreux actes humains s’accordent avec le corps. Et puis il n’y a pas mutuelle « exhortation »… Si l’amour de ce bas monde et l’amour de soi devaient vous dominer, ne pas vous permettre de saisir les vérités et réalités et de faire que vos actes soient purement pour Dieu, vous empêcher de vous exhorter à la vérité et de vous exhorter à la patience, devenir un obstacle à votre guidance, vous serez en perdition, vous aurez perdu et ce bas monde et l’autre monde, parce que vous aurez donné votre jeunesse, que vous resterez privés des grâces paradisiaques et des faveurs de l’autre monde et que vous n’avez pas non plus ce bas monde. Si les autres n’ont pas accès au divin Paradis, si les portes de la miséricorde divine leur sont fermées, s’ils doivent séjourner éternellement dans le feu de l’Enfer, ils ont à tout le moins ce bas monde, ils jouissent des faveurs de ce bas monde, mais vous…

Prenez garde qu’à Dieu ne plaise l’amour de ce bas monde et l’amour de soi n’augmentent progressivement en vous et que les choses en arrivent au point que Satan puisse vous dérober votre foi. Il est dit que tout l’effort de Satan est pour dérober la foi[42]. Tous les moyens et efforts qu’il déploie jour et nuit sont dans le but de dérober la foi de l’homme. Personne ne s’est porté garant que votre foi restera ferme. Peut-être qu’elle est une foi « en dépôt »[43], que Satan vous la dérobera finalement et que vous quitterez ce bas monde en ennemis de Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, et de Ses Proches-Amis. Une vie passée à profiter des grâces divines, assis à la table de l’Imam du temps, que la Paix soit avec lui, pour finalement rendre l’âme, à Dieu ne plaise, sans foi et ennemi de son bienfaiteur…

Si vous avez un penchant, de l’attachement et de l’amour pour ce bas monde, tâchez d’y couper court. Ce bas monde, avec tout son clinquant, est trop insignifiant pour valoir d’être aimé, alors qu’en dire si l’on est en plus privé de ces semblants de la vie. Qu’avez-vous donc de ce bas monde pour que vous vous y attachiez ? Vous n’avez que vous-mêmes, cette mosquée et son oratoire, l’école [où vous logez] ou un coin de maison… Est-il correct que, rivalisant entre vous pour une mosquée et un oratoire, vous suscitiez des discordes et corrompiez la société ? D’ailleurs, même si, comme des gens du monde, vous viviez dans l’aisance et l’opulence et passiez, à Dieu ne plaise, votre vie à faire la noce, vous verriez à la fin de votre vie qu’elle est passée comme un doux rêve, tandis que les châtiments qu’elle aura entraînés et les choses dont vous aurez à répondre ne vous laisseront jamais de répit. Cette vie brève et faussement agréable, en supposant qu’elle se passe très agréablement, que vaut-elle face au tourment éternel ? Le tourment des gens du monde est parfois éternel. De plus, les gens du monde, qui s’imaginent avoir la mainmise sur le monde d’ici-bas et jouir de tous ses profits et faveurs, sont dans l’illusion et l’erreur. Chacun voit ce bas monde par la lucarne du lieu et milieu où il vit et s’imagine que le monde d’ici-bas est ce qu’il a. Ce monde matériel est plus vaste que ce sur quoi l’homme s’imagine avoir mainmise et qu’il explore et découvre. De ce bas monde avec tout ce qu’il contient, il est dit dans un hadith que [Dieu] « n’a jamais posé sur lui un regard de miséricorde »[44]. Il faut alors voir comment est cet autre monde sur lequel Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, a posé un regard de miséricorde, ce qu’est et comment est la « Source de la Grandeur » à laquelle Il convie l’homme ? L’homme est trop insignifiant pour comprendre ce qu’est la « Source de la Grandeur ».

Si vous rendez votre intention pure et vos œuvres bonnes et extirpez de votre cœur amour de soi et amour des honneurs, de sublimes stations et de hauts degrés vous attendent. A côté du rang prévu pour les bons serviteurs de Dieu, tout le monde d’ici-bas et ce qu’il contient, avec ces faux brillants, ne vaut pas un sou. Tâchez d’atteindre à d’aussi sublimes stations et, si vous le pouvez, formez-vous et élevez-vous jusqu’à être aussi insensibles à ces sublimes stations et à ces hauts degrés. Ne servez pas Dieu pour atteindre à ces choses, mais invoquez-Le, prosternez-vous et humiliez-vous devant Lui parce qu’Il est glorieux et digne d’être servi[45]. C’est alors que, les voiles de lumières déchirés, vous atteindrez à la « Source de la Grandeur ». Pourriez-vous obtenir un tel rang avec les actes que vous faites, le comportement que vous avez et la voie que vous suivez ? Serait-il facile d’échapper aux châtiments divins et d’éviter les périlleuses étapes et le feu de l’Enfer ? Vous imaginez-vous que les pleurs des Saints Imams et les gémissements de sa seigneurie l’Imam Saddjâd, que la Paix soit avec lui, étaient pédagogiques et qu’ils visaient à enseigner les autres. Malgré toutes leurs qualités spirituelles et le sublime rang qu’ils avaient, ils pleuraient par crainte de Dieu et savaient combien il était difficile de cheminer sur la voie qu’ils suivaient. Ils connaissaient les problèmes, difficultés et complications de la traversée du Pont, dont une des extrémités est le monde d’ici-bas et l’autre l’au-delà et qui passe au milieu de l’Enfer. Ils étaient conscients des mondes d’outre-tombe, de l’intermonde, de la résurrection et de leurs périlleuses étapes. De ce fait, sans cesse inquiets, ils cherchaient toujours refuge en Dieu contre les durs châtiments de l’autre monde.

Vous-mêmes, qu’avez-vous prévu pour ces éreintantes étapes périlleuses et quelles voies de salut avez-vous trouvées ? Quand donc voulez-vous entreprendre de vous améliorer et de vous amender ? Vous qui êtes encore jeunes, qui avez la vigueur de la jeunesse, qui jouissez de tous vos moyens et que la faiblesse physique ne domine pas encore, si vous ne songez pas à vous régénérer et à vous former, comment pourrez-vous vous former et amender dans la vieillesse, lorsque faiblesse, impuissance, apathie et asthénie auront dominé votre corps et votre esprit, que vous aurez perdu la force de décider, de vouloir et de résister, et que le poids du péché et de la désobéissance aura noirci plus encore votre cœur ? A chaque souffle, à chaque pas, à chaque instant de votre vie, s’améliorer devient plus difficile et il se peut que l’enténèbrement et l’avilisse­ment augmentent. Plus on avance en âge, plus ces choses opposées au bonheur de l’homme augmentent, tandis que la vigueur diminue. Dès lors, une fois la vieillesse venue, il vous sera désormais difficile de réussir à s’amender et acquérir vertu et probité. Vous ne pourrez vous repentir, car se repentir, ce n’est pas dire « je reviens vers Dieu repentant » ; il faut avoir du remords et la résolution d’arrêter[46]. Avoir du remords et résoudre de renoncer à un péché n’est pas faisable pour des personnes qui, ayant médit et menti cinquante ou soixante-dix ans durant, ont vu leur barbe blanchir dans le péché et la désobéissance. De telles personnes sont atteintes jusqu’à la fin de leur vie.

Que les jeunes ne restent pas à ne rien faire jusqu’à ce que le poids de la vieillesse ne leur blanchisse têtes et visages. Nous avons nous-mêmes atteint la vieillesse et connaissons bien ses malheurs et problèmes. Tant que vous êtes jeunes, vous pouvez faire quelque chose. Tant que vous avez la vigueur et la volonté de la jeunesse, vous pouvez éloigner de vous passions de l’âme, convoitises mondaines et désirs animaux, mais si vous ne songez pas à vous améliorer et à vous former dans votre jeunesse, dans la vieillesse il sera trop tard pour faire quelque chose. Songez-y tant que vous êtes jeunes. N’attendez pas d’être vieux et décrépit. Le cœur jeune est délicat et céleste et les motivations perverses y sont faibles, mais plus on avance en âge, plus la racine du péché se renforce et s’implante dans le cœur, jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de l’extirper du cœur. Comme il est dit dans les hadiths, le cœur de l’homme est au départ comme un miroir clair et poli, et chaque péché que fait l’homme marque d’un point noir la surface de son cœur jusqu’à ce que, le cœur complètement noirci, il ne puisse rester vingt-quatre heures sans désobéir à son Seigneur. Une fois devenu vieux, il lui sera difficile de ramener son cœur à sa forme et son état premiers. Si, à Dieu ne plaise, vous ne vous êtes pas améliorés et quittez ce bas monde avec des cœurs noirs, des yeux, des oreilles et des langues souillées par le péché, dans quel état allez-vous rencontrer Dieu ? Comment ferez-vous pour remettre souillés et viciés les dépôts de confiance divins qui vous furent confiés parfaitement purs ? Ces yeux et oreilles qui sont à votre service, ces mains et langues qui sont sous votre autorité, ces membres et organes avec lesquels vous vivez, tous sont des dépôts de confiance de Dieu le Très-Haut qui vous furent donnés pleinement purs et sains. S’ils furent touchés par les désobéissances, ils sont souillés. S’ils sont, à Dieu ne plaise, souillés par des choses illicites, ils seront viciés. Et lorsque vous voudrez remettre ces dépôts de confiance, il se peut que l’on vous demande si c’est ainsi que l’on prend soin des dépôts confiés ? Nous avons-vous confié ce dépôt en cet état ? Le cœur que l’on vous a donné était-il en cet état ? Les autres membres et organes que l’on vous a confiés étaient-ils ainsi souillés et sales ? Que répondrez-vous à ces questions ? Mon Dieu, avec ces trahisons que vous avez commises envers Ses dépôts, dans quel état allez-vous Le rencontrer ?

Vous êtes jeunes. Vous avez consacré votre jeunesse à cette voie [des études au séminaire], alors que d’un point de vue mondain cela n’a pas vraiment d’intérêt pour vous. Si vous investissez ces moments précieux et ce printemps de la jeunesse dans la voie de Dieu et d’un objectif notable et saint, vous n’y perdrez pas. Au contraire, ce bas monde et l’autre monde vous sont assurés. Mais si vous restez dans l’état que l’on constate actuellement, vous aurez gâché votre jeunesse et passé en vain le cœur de votre vie, et dans l’autre monde, par devant Dieu, vous serez sévèrement interrogés et punis. Cependant, la sanction de vos actes et comportements corrupteurs ne se limite pas à l’autre monde : en ce monde aussi, aux prises avec de graves problèmes, malheurs et difficultés de toutes sortes, vous serez entraînés dans un tourbillon d’épreuve et d’adversité.

[Un autre avertissement]

Votre avenir est sombre. De nombreux ennemis de toutes origines vous entourent de toutes parts. De dangereuses entreprises diaboliques sont à l’œuvre pour vous anéantir vous et les séminaires. Les agents de l’impérialisme ont conçus de grands desseins contre vous ; ils ont conçus de grands desseins contre l’islam et les musulmans. Sous des dehors d’islam, ils ont ourdis de dangereuses entreprises contre vous. C’est seulement en vous amendant, en vous mobilisant et en vous organisant correctement que vous pourrez écarter de votre chemin ces intrigues et difficultés et faire échec à leurs entreprises impérialistes. Je suis en train de vivre les derniers jours de ma vie et vous quitterai tôt ou tard, mais je prévois qu’un avenir sombre et des jours noirs vous attendent. Si vous ne vous améliorez pas, ne vous mobilisez pas, ne mettez pas de l’ordre et de la discipline dans vos études et votre vie, vous êtes dorénavant, à Dieu ne plaise, condamnés à disparaître. Pensez-y avant d’en perdre l’occasion, avant que l’ennemi n’ait la mainmise sur tout ce qui touche à votre religion et à votre savoir. Réveillez-vous. Levez-vous. Employez-vous en premier lieu à amender et régénérer vos âmes et à vous améliorer. Mobilisez-vous et organisez-vous. Faites régner l’ordre et la discipline dans les séminaires. Ne laissez pas d’autres venir organiser les séminaires. Ne permettez pas que, sous prétexte que « ceux-là sont des incapables », qu’« ils ne savent rien faire », qu’« ils sont une bande de désœuvrés squattant les séminaires », l’ennemi mette la main sur les séminaires, les pervertissent sous couvert de réorganisation et de réforme et vous soumettent à leur férule. Ne leur fournissez pas de prétexte. Si vous êtes organisés et amendés, que toutes vos affaires sont ordonnées, les autres désespéreront de vous. Ils n’auront pas moyen de s’introduire dans les séminaires et la société des clercs. Mobilisez-vous et amendez-vous. Préparez-vous à faire obstacle aux intrigues qui se préparent. Préparez vos séminaires à résister aux événements qui se préparent.

Des jours noirs vous attendent, à Dieu ne plaise. Dans l’état où sont les choses, vous aurez à connaître des jours funestes. Les agents de l’impérialisme veulent ôter tout crédit à l’islam et vous devez vous y opposer. Or, en étant rempli d’amour pour soi, d’amour pour les honneurs, d’orgueil et d’infatuation, on ne peut résister. Le mauvais savant religieux, le savant religieux tourné vers ce bas monde, le savant religieux qui se préoccupe de sauver son poste et son autorité ne saurait lutter contre les ennemis de l’islam, et il fait plus de torts que les autres. Rendez votre motivation divine, ôtez de vos cœurs l’amour de ce bas monde, alors vous pourrez lutter. Dès maintenant, nourrissez en vos cœurs l’idée que « je dois être un soldat armé et islamique et me sacrifier pour l’islam ; je dois œuvrer pour l’islam jusqu’à ce que je disparaisse ». Ne vous retranchez pas derrière le prétexte qu’aujourd’hui, ce n’est pas le jour. Faites en sorte d’être utiles pour l’avenir de l’islam. Bref, soyez un être humain. Les agents de l’impérialisme ont peur de l’être humain, ont peur de l’homme. Les impérialistes, qui entendent piller tout ce qui est nôtre, ne permettent pas que dans nos universités religieuses et scientifiques on forme des hommes. Ils ont peur de l’homme. Si dans un pays apparaît un homme, il les importunera et menacera leurs intérêts.

Vous avez le devoir de vous former, de devenir des hommes parfaits et de vous opposer aux funestes desseins des ennemis de l’islam. Si vous ne vous organisez et mobilisez pas et que vous n’êtes pas occupés à lutter contre les coups qui frappent chaque jour le corps de l’islam, d’une part vous disparaîtrez vous-mêmes et d’autre part vous faites périr les statuts et lois de l’islam, et vous devrez en rendre compte. Vous, savants, vous, gens de savoir, et vous, musulmans, vous êtes responsables. Vous, savants et séminaristes, en premier lieu, suivis des autres musulmans, vous êtes responsables : « Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau »[47]. Vous, jeunes, vous devez affermir votre volonté pour vous opposer à toute injustice et iniquité. Vous n’avez pas d’autre solution. Votre dignité, celle de l’islam et celle des pays musulmans dépendent de ce que vous vous opposiez et résistiez.

O Dieu Très-Haut, garde l’islam, les musulmans et les pays musulmans du mal des étrangers. Empêche les impérialistes et les traîtres à l’islam de mettre la main sur les pays musulmans et sur les séminaires. Accorde aux savants de l’islam et aux vénérables autorités de référence la réussite et Ton soutien dans leur défense des lois sacrées du Saint Coran et la promotion des idéaux sacrés de l’islam. Fasse que les clercs de l’islam aient conscience et connaissance de leurs lourds devoirs et graves responsabilités en l’époque actuelle. Préserve et protège les séminaires et institutions cléricales de la mainmise et de la pénétration des ennemis de l’islam et des agents de l’impérialisme. Fasse que la jeune génération cléricale et estudiantine ainsi que tous les musulmans puissent se former, s’amender et se régénérer. Délivre la nation de l’islam du sommeil de l’insouciance, de l’indolence, de l’apathie et de la stagnation intellectuelle afin que, s’inspirant des lumineux et révolutionnaires enseignements du Coran, ils reviennent à eux, se relèvent et, dans l’union et l’unité, écartent des pays musulmans les mains de l’impérialisme et des vieux ennemis de l’islam et retrouvent leur liberté, leur indépendance, leur gloire et leur grandeur perdues. « Maître, épanche en nous de la patience et assure nos pas, et prête-nous secours contre la gent mécréante ; » « Maître, accepte [notre] prière » (Coran, 2.250 et 14.40).


Anthologie de phrases

Toutes les nobles qualités humaines sont contenues dans l’entière consécration à Dieu.

A côté du rang prévu pour les bons serviteurs de Dieu, tout le monde d’ici-bas et ce qu’il contient, avec ces faux brillants, ne vaut pas un sou.

Ce bas monde, avec tout son clinquant, est trop insignifiant pour valoir d’être aimé.

Cette vie brève et faussement agréable, […] que vaut-elle face au tourment éternel ?

Se tourner vers autre que Dieu enferme l’homme dans des voiles ténébreux et lumineux.

Si elles amènent l’homme à se tourner vers le monde et à négliger le Très-Haut, toutes les choses de ce monde suscitent des voiles ténébreux.

Soyez « le parti de Dieu » ; écartez-vous du clinquant de la vie et de ses faux brillants.

Un clerc qui se considère comme disciple et fidèle de ‘Alî fils d’Abû Xâlib, que la Paix soit avec lui, ne saurait accorder la moindre attention aux attraits de ce bas monde.

La racine de toutes les disputes qui n’ont pas un but notable et saint n’est autre que l’amour de ce bas monde.

Les Prophètes de Dieu ont été suscités pour former des hommes, pour faire des êtres humains, pour éloigner l’humanité des laideurs, vilénies, perversités et vices et lui faire connaître les vertus et les bons comportements.

Si vous œuvrez pour Dieu, le Très-Haut est Celui qui retourne les cœurs ; Il tournera les cœurs vers vous.

Hormis le Créateur unique, ne faites cas de quiconque.

Le cœur de l’homme est comme un miroir poli et clair, et du fait de trop d’attention pour ce bas monde et de quantité de désobéissances, il se ternit.

Avec des souillures spirituelles, des vices moraux, des désobéissances du cœur et du corps, comment saurait-on paraître en présence du Seigneur et entrer dans la salle d’hôtes du Maître des maîtres, qui est « la Source de la Grandeur » ?

Craignez Dieu, inquiétez-vous des conséquences des choses, éveillez-vous du sommeil de l’insouciance.

Soyez prévoyants. Pesez les conséquences des choses. Songez aux périlleuses étapes qui vous attendent ; n’oubliez pas l’oppression du tombeau, le monde d’outre-tombe et les difficultés et rudes épreuves qui y font suite.

L’Enfer est enflammé par les faits et gestes hideux de l’homme.

Si l’homme n’embrase pas le Feu par ses faits et gestes, l’Enfer reste éteint. C’est la réalité intérieure de ce monde matériel qui est l’Enfer : aller vers le monde matériel, c’est aller vers l’Enfer.

Ce qui se produit dans l’autre monde est ce que l’on a préparé en ce monde.

Songez à faire quelque chose avant d’en perdre l’occasion.

Vous, les jeunes, vous avancez vers la vieillesse et nous, les vieux, vers la mort.

A chaque souffle, à chaque pas, à chaque instant de votre vie, s’améliorer devient plus difficile et il se peut que l’enténèbrement et l’avilissement augmentent.

Tant que vous avez la vigueur et la volonté de la jeunesse, vous pouvez éloigner de vous passions de l’âme, convoitises mondaines et désirs animaux.

Le cœur jeune est délicat et céleste et les motivations perverses y sont faibles, mais plus on avance en âge, plus la racine du péché se renforce et s’implante dans le cœur, jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de l’extirper du cœur.

Se repentir, ce n’est pas dire « je reviens vers Dieu repentant » ; il faut avoir du remords et la résolution d’arrêter.

Ayez un beau comportement et soyez en bons termes avec les créatures de Dieu. Considérez-les d’un œil affectueux et bienveillant.

Agissez bien envers les bons et honnêtes serviteurs de Dieu.

Faites du bien aux bons et honnêtes serviteurs de Dieu.

Quelqu’un dont les autres musulmans ne sont pas à l’abri de la main, de la langue ou de l’œil n’est pas en réalité musulman.

Offenser un serviteur de Dieu, c’est offenser Dieu.

Quelqu’un qui suit les passions de son âme et emboîte le pas à Satan devient peu à peu satanique.

Les habitants de l’au-delà vivent en paix et dans la bonne entente. Leurs cœurs sont pleins d’amour pour Dieu et pour les serviteurs de Dieu.

L’amour pour les serviteurs de Dieu n’est autre que le reflet de l’amour pour Dieu.

Le Saint Coran est le grand dépôt de confiance de Dieu. Les savants religieux et les clercs sont les dépositaires de Dieu.

Les obligations des dépositaires du savoir sont très lourdes. La responsabilité des savants religieux est plus grave que celle des autres gens.

Il est dit dans un hadith que lorsqu’il est sur le point de rendre l’âme, le savant n’a plus l’opportunité de se repentir.

Si un savant religieux est dévoyé, il se peut qu’il dévoie et infecte toute une communauté.

Si un savant est probe et observe l’éthique et la bienséance islamiques, il amendera et guidera la société.

Dans une âme non amendée, le savoir est un voile ténébreux.

Le savoir est lumière, mais dans un cœur noir et pervers, il étend l’emprise de l’obscurité et de la noirceur.

Un savoir qui rapproche l’être humain de Dieu suscite pour une âme assoiffée de ce monde un éloignement croissant de la cour du Majestueux.

Si le but recherché est autre que Dieu, la doctrine de l’unicité divine elle-même fait partie des voiles ténébreux.

Si l’on n’extirpe pas les abjections de soi-même, on a beau étudier et apprendre, c’est non seulement sans utilité, mais nuisible.

C’est le savant pervers qui entraîne le monde dans la perversion.

Si, à Dieu ne plaise, vous n’étudiez pas, il vous est illicite de rester dans les séminaires.

Chaque fois que vous faites un pas pour acquérir le savoir, faites en aussi un pour réprimer les passions de l’âme, renforcer les facultés spirituelles et acquérir les nobles caractères, les qualités morales et la vertu.

Si l’intention n’est pas pure et pour se rapprocher [de Dieu], ces savoirs n’ont aucune utilité.

Tâchez de vous améliorer, de vous amender avant d’entrer dans la société.

Ce qu’on attend de vous, c’est qu’en quittant les séminaires vous soyez vous-mêmes amendés et formés pour que vous puissiez former les gens.

Si du fait de vos actes, de votre comportement et de votre conduite indignes une personne est égarée et se détourne de l’islam, vous aurez commis le pire péché mortel.

Dieu ne fasse qu’avant qu’il ne se soit lui-même formé, la société se tourne vers un homme et qu’il devienne pour les gens une personnalité et gagne de l’influence sur eux, car il perdrait toute mesure.

Formez-vous et améliorez-vous avant que les rênes de vos affaires ne vous soient arrachés des mains.


Parez-vous de vertus, éloignez de vous les vices et ayez dans l’étude une intention pure afin qu’elle vous rapproche de Dieu.

Si les actions ne sont pas animées d’une intention pure, elles éloignent l’homme de la cour du Seigneur.

Faites régner l’ordre et la discipline dans les séminaires.

Les agents de l’impérialisme veulent ôter tout crédit à l’islam et vous devez vous y opposer.

En étant rempli d’amour pour soi, d’amour pour les honneurs, d’orgueil et d’infatuation, on ne peut résister.

Le mauvais savant religieux, le savant religieux tourné vers ce bas monde, le savant religieux qui se préoccupe de sauver son poste et son autorité ne saurait lutter contre les ennemis de l’islam.

Rendez votre motivation divine, ôtez de vos cœurs l’amour de ce bas monde, alors vous pourrez lutter.



[1]. Le pronom « la », complément des deux verbes « régénérer » et « dégénérer », réfère à l’âme, évoquée au verset 7 de la même sourate suite à six versets de serments. En français, le verbe « dégénérer » est, il est vrai, intransitif, mais on n’a pas résisté devant cette traduction reflétant si bien le texte d’origine jusqu’en sa forme. On a donc donné au verbe « dégénérer » un sens transitif certes néologique, mais aisément compréhensible. (N.d.T.)

[2]. Rappelons que les questions abordées dans le livre sur le grand djihad sont tirées des directives de l’Imam à divers moments de son séjour à Nadjaf, directives éditées et mises en ordre par sayyed A$mad Rû$ânî.

[3]. Le Commandeur des fidèles [‘Alî fils d’Abou Tâlib], que la Paix soit avec lui, a dit : « Lorsque le Messager de Dieu, Dieu le bénisse lui et les siens, m’envoya au Yémen, il me dit : O ‘Alî, ne combat personne avant de l’avoir invité à [se soumettre à Dieu en embrassant]l’islam. J’en jure par Dieu, que Dieu guide un homme par ton intermédiaire vaut mieux pour toi que tout ce qui se trouve sous le soleil et il te devra hommage. » (al-Forû‘ min al-Kâfî, v.5 p.36, K. al-djihâd, bâb ad-do‘â’ ilâ l-islâm qabla l-qitâl, had.2)

[4]. Al-Osûl min al-Kâfî, K. fa*li l-‘ilm, abwâb ùifati l-‘olamâ’, badhli l-‘ilm, an-nahyi ‘ani l-qawl bi-ghayri ‘ilm, isti‘mâli l-‘ilm, al-mosta’kil bi-‘ilmih wa l-mobâhî bih, lozûmi l-$oddja ‘alâ l-‘âlim et bâb an-nawâdir.

[5]. Wasâ’il ash-shî‘a, v.18 p.17-19, 98-129, K. al-qa*â’, abwâb ùifâti l-qâ*î, bâb 4, 11 et 12.

[6]. Djamîl b. Dorrâdj a dit : « J’ai entendu [l’Imâm] Abû ‘Abd Allâh [aù-dqdqdqdqdqqqqq>ûl mina l-Kâfî, v.1 p.59, K. fa*li l-‘ilm, bâb lozûmi l-$oddja ‘alâ l-‘âlim…, had. 3).

[7]. D’après £afù b. Qiyâs, [l’Imâm] Abû ‘Abd Allâh [aù-dqqqqq>£afù, soixante dix péchés sont pardonnés à l’ignorant avant qu’un seul le soit au savant. » (al-Osûl mina l-Kâfî, v.1 p.59, K. fa*li l-‘ilm, bâb lozûmi l-$oddja ‘alâ l-‘âlim…, had. 1).

[8]. Le Messager de Dieu, Dieu le bénisse lui et les siens, a dit : « Deux catégories de ma communauté sont telles que si elles sont intègres, ma communauté sera intègre, et si elles sont corrompues, ma communauté sera corrompue. » On lui demanda : « Quelles sont-elles ? » et il répondit : « Les savants et les dirigeants. » (al-Khiùâl, bâb al-ithnayn, p.37 ; To$af al-‘oqûl, p.50).

[9]. Solaym b. Qays al-Hilâlî a dit : « J’ai entendu le Commandeur des fidèles [l’Imâm ‘Alî fils d’Abou Tâlib], que la Paix soit avec lui, rapporter que le Messager de Dieu, [Dieu le bénisse lui et les siens], lui avait dit : Les savants sont de deux sortes : il y a le savant qui met en œuvre ce qu’il sait, et celui-ci est sauvé, et le savant qui délaisse ce qu’il sait, et celui-là est perdu ; en vérité, les gens de l’Enfer souffriront de la puanteur du savant qui aura délaissé son savoir. » (al-Osûl mina l-Kâfî, v.1 p.55, K. fa*li l-‘ilm, bâb isti‘mâli l-‘ilm, had. 1).

[10]. L’Imam dqqq>, que la Paix soit avec lui, a dit : « Invitez les gens au bien autrement que par des discours : qu’ils voient en vous zèle, sincérité et probité. » (al-Osûl mina l-Kâfî, v.3 p.164, K. al-îmân wa l-kofr, bâb aù-ùidq wa adâ’i l-amâna, had. 10).

[11]. Ghirar al-$ikam, v.7 p.269.

[12]. L’Imam Khomeiny fait probablement allusion ici au fondateur du Bâbisme, qui donna par la suite naissance au Bahaïsme, répandu aujourd’hui dans de nombreux pays du monde. [N.d.T.]

[13]. Il s’agit de l’Ayatollah ‘Abd al-Karîm £â’irî Yazdî (1276-1355 H. / 1860-1936 ap. J.C.), qui fut un des grands juristes et une des références shiites au 14e siècle de l’hégire. Il avait étudié à Nadjaf et à Samarrâ’ auprès de maîtres tels que Mîrzâ Shîrâzî le grand, Mîrzâ Mo$ammad Taqî Shîrâzî, Âkhond-e Khorâsânî, Sayyed Kâvem Yazdî et Sayyed Mo$ammad Eùfahânî Feshârakî. En 1340 H. / 1922 ap. J.C., sur la demande pressante des savants de Qom, il vint s’installer dans cette ville dont il réorganisa le séminaire. Parmi ses œuvres, on peut citer Dorar al-fawâ’id sur les fondements du droit musulman, aù-dqqqqq>, an-Nikâ$, ar-Ri*â‘ et al-Mawârîth sur les applications du droit musulman.

[14]. Abû Dja‘far Mo$ammad b. £asan ax-Xûsî (385-460 H. / 995-1068 ap. J.C.), surnommé shaykh ax-Xâ’ifa (« maître de l’École », c’est-à-dire du shiisme duodécimain), est un des chefs de file des savants imamites. Il était le premier juriste et théologien de son temps tout en excellant également dans les lettres, la critique des rapporteurs de hadiths, le commentaire coranique et la science du hadith. Ses maîtres furent le shaykh Mofîd, le sayyed al-Morta*â, Ibn Gha*â’irî et Ibn ‘Abdûn. Il est l’auteur de deux des quatre livres fondamentaux de hadiths shiites, al-Istibùâr et at-Tahdhîb. C’est lui qui fit de Nadjaf (en Irak) le principal centre religieux shiite.

[15]. Le shaykh Xûsî a commencé ce livre, qui est un commentaire du Moqni‘a du shaykh Mofîd, du vivant même de ce maître, lequel est mort en 413 H. / 1022 ap. J.C. Le shaykh Xûsî avait alors moins de vingt-huit ans. (Voir l’introduction à son commentaire coranique, at-Tibyân, par Aghâ Bozorg Tehrânî).

[16]. ‘Alî b. £osayn b. Mûsâ, connu sous les surnoms de sayyed al-Morta*â et ‘Alam al-Hodâ (355-436 H. / 966-1045 ap. J.C.) fut un des grands savants de l’islam et du shiisme. De nombreuses personnalités éminentes du shiisme duodécimain, dont le shaykh Xûsî, ont suivi ses enseignements. Parmi ses œuvres, on peut citer al-Amâlî, adh-Dharî‘a ilâ oùûli sh-sharî‘a, an-Nâùiriyât, al-Intiùâr et ash-Shâfî.

[17]. Voir Fayµ Kâshânî, al-Kalimâto l-maknûna, p.123.

[18]. Sayyed ‘Alî b. Sayyed Mo$ammad (mort en 1283 H. / 1866 ap. J.C.) était un des éminents ascètes et gnostiques de son temps. Il exerça longtemps les fonctions de juge et de mufti dans la ville de Shûshtar, puis il émigra à Nadjaf où il suivit les cours de droit musulman du shaykh Anùârî, tandis que ce dernier suivait les cours d’éthique du sayyed. Il fut désigné par le shaykh Anùârî pour lui succéder et il occupa sa chaire après son décès. Sayyed ‘Alî fut le maître et l’éducateur de Âkhond Mollâ £osayn Qolî Hamadânî, qui forma lui-même de nombreux disciples éminents parmi lesquels on peut citer Mîrzâ Djawâd Malakî Tabrîzî, Sayyed A$mad Karbalâ’î, Shaykh Mo$ammad Bahârî, Sayyed ‘Alî Qâ*î Tabrîzî, qui fut lui-même le maître de ‘Allâmah Xabâxabâ’î.

[19]. Voir Madjma‘ al-bayân, en commentaire du verset 4 de la sourate 68 (dite al-qalam).

[20]. Le Shar$ al-Lom‘a, de Zayn ad-dîn al-‘Âmilî, surnommé « le second martyr » (ash-shahîdo th-thânî, m. 966/1559), est un commentaire de al-Lom‘ato d-dimashqiyya, de Mo$ammad b. Makkî al-‘Âmilî, surnommé « le premier martyr » (ash-shahîdo l-awwal, m. 786/1384). C’est l’un des principaux traités de fiqh étudiés dans les $awza-s. [N.d.T.]

[21]. Mo‘awiya fils d’Abû Sofyân usurpa le Califat après avoir combattu le Calife légitime de son temps, ‘Alî fils d’Abû Xâlib. En contradiction avec les principes antidynastiques de l’islam, il intronisa son fils avant de mourir et fut ainsi à l’origine de la première dynastie « musulmane », celle des Omeyyades. [N.d.T.]

[22]. Le Commandeur des fidèles, l’Imam ‘Alî fils d’Abû Xâlib, a dit : « Si les dépositaires du savoir l’assument comme il se doit, ils seront aimés de Dieu, de Ses anges et de celles de Ses créatures qui Lui sont obéissantes ; mais s’ils l’assument en vue de ce bas monde, ils seront détestés de Dieu et méprisés des gens. » (Xo$af al-‘oqûl, p.201, bâb kalimât Amîri l-mo’minîn).

[23]. Voir dqqqqq> du Shaykh dqqqqq>Bi$âr al-anwâr, v.65 p.83-95, 149-196, K. al-îmâni wa l-kofr, bâb anna sh-shî‘a ahlo dîni Llâh… et bâb ùifâti sh-shî‘a wa aùnâfihim ; Shar$ tchahl $adîth de l’Imam Khomeyni, had. 29.

[24]. Allusion à un hadith : « C’est pourquoi, lorsqu’on interrogea l’un de nos Imams sur l’universalité du verset cité [à savoir : « Nul d’entre vous qui n’y pénétrera ; c’est un décret inéluctable pour ton Seigneur » (Coran, 19.71)]. Il répondit : Nous sommes passés et il était éteint. » (‘Ilm al-yaqîn, v.2 p.917).

[25]. Al-‘Ayyâshî rapporte selon une chaîne de transmission remontant à £omrân que ce dernier interrogea [le cinquième Imam] Abû Dja‘far [Mo$ammad al-Bâqir] sur le verset « ils y resteront des éons » et qu’il répondit : « Cela concerne ceux qui sortiront du Feu. » (Madjma‘ al-bayân, v.10 p.424, en commentaire du verset 78.23).

[26]. Iqbâl al-a‘mâl, a‘mâl shahri sha‘bân, p.685 ; Miùbâ$ al-motahaddjid wa silâ$ al-mota‘abbid, p.374 ; Bi$âr al-anwâr, v.91 p.97-99, K. adh-dhikr wa d-do‘â’, bâb 32, had. 12.

[27]. Voir les références de la note précédente.

[28]. Wasâ’il ash-shî‘a, v.7 p.227, K. aù-ùawm, abwâb a$kâmi shahri Rama*ân, bâb 17, had. 20.

[29]. Djâbir rapporte de [l’Imam] Abû Dja‘far [al-Bâqir], que la Paix soit avec lui, qu’il a dit que le Messager de Dieu, Dieu le bénisse lui et les siens, se tournait vers les gens et disait : « O gens, lorsque le croissant de lune du mois de Rama*ân apparaît, les démons rebelles sont enchaînés, les portes du Ciel, du Paradis et de la miséricorde sont ouvertes, les portes de l’Enfer sont fermées et les prières sont exaucées. » (Wasâ’il ash-shî‘a, v.7 p.224, K. aù-ùawm, abwâb a$kâmi shahri Rama*ân, bâb 18, had. 14).

[30]. Le verset 138 de la sourate 2 dit : « Baptême [reçu] de Dieu, et qui vaut mieux que Dieu pour conférer baptême ? C’est Lui que nous servons. » Le sens en est que la foi caractérisée par la totale soumission au Dieu Un et la reconnaissance de tous Ses Messagers sans exception est une foi purifiante reçue directement de Dieu : à ceux qui proposent de trouver le salut en adhérant à leur religion par une immersion rituelle, répondez que Dieu vous a immergés dans Sa pure religion et vous a ainsi purifié de toute mécréance.

[31]. L’Imam Abû Dja‘far al-Bâqir, que la Paix soit avec lui, a rapporté que le Messager de Dieu, Dieu le bénisse lui et les siens, a dit : « Pour sûr, je vais vous dire qui est fidèle : c’est celui à qui les fidèles confieraient leurs vies et leurs biens. Et pour sûr, je vais vous dire qui est musulman : c’est celui dont les musulmans n’ont à craindre ni la langue ni la main. » (Oùûl al-Kâfî, v.3 p.331, K. al-îmâni wa l-kofr, bâb al-mo’min wa ‘alâmâtoh wa ùifâtoh, had. 19).

[32]. Voir par exemple le verset 105 de la sourate 9 (dite at-tawba) : « Dis : Œuvrez et Dieu verra vos œuvres, ainsi que Son Messager et les fidèles, et vous serez renvoyés auprès de Celui qui connaît l’invisible et le visible, si bien qu’Il vous informera de ce que vous faisiez. » Abû Baùîr a rapporté que l’Imam dqqqqq> soit avec lui, a dit : « Les œuvres des serviteurs pies et impies sont présentées chaque matin au Messager de Dieu, Dieu le bénisse lui et les siens ; soyez donc sur vos gardes. C’est à cela que fait allusion la parole de Dieu le Très-Haut : Œuvrez et Dieu verra vos œuvres, ainsi que Son Messager… » (Oùûl al-Kâfî, v.1 p.318, K. al-£oddja, bâb ‘ar*i l-a‘mâl ‘alâ n-nabî wa l-a’imma, had. 1, 2-6 ; Tafsîr al-borhân, v.2 p.157).

[33]. La Nuit de Valeur (laylato l-qadr) est la nuit en laquelle le Coran descendit dans le cœur du Messager de Dieu. Certains hadiths disent sans plus de précision qu’elle est l’une des dernières nuits impaires du mois de Rama*ân, mais d’autres hadiths désignent plus précisément les nuits du 19, 21, 23 et 27 de ce mois béni.

[34]. Forû‘ al-Kâfî, v.4 p.63, K. aù-ùawm, bâb mâ djâ’a fî fa*li ù-ùawm wa ù-ùâ’im, had. 6.

[35]. « J’en jure par Dieu, si l’on me donnait les sept climats et ce qui se trouve sous leurs cieux pour que je désobéisse à Dieu en dérobant à une fourmi le son d’un grain d’orge, je ne le ferais pas. » (Nahdj al-balâgha, khoxba 215).

[36]. Shamr est le nom de l’un des principaux artisans du massacre de Karbalâ’, celui en particulier qui assassina l’Imam £osayn, petit-fils du Prophète Mo$ammad, Dieu le bénisse lui et les siens, et lui trancha la tête.

[37]. « Il ne prononce de parole sans qu’auprès de lui soit un veilleur présent. » (Coran, 50.18).

[38]. Dans une de ses exhortations à Nawf al-bakkâlî, le Commandeur des fidèles ‘Alî fils d’Abû Xâlib, que la Paix soit avec lui, lui dit : « Évite la médisance, car elle est la pâture des chiens du Feu [de l’Enfer]. » (Wasâ’il ash-shî‘a, v.8 p.600, K. al-$addj, abwâb a$kâmi l-‘ishra, bâb 152, had. 16).

[39]. L’Imam Abû ‘Abd Allâh aù-dOùûl al-Kâfî

, v.4 p.2, K. al-îmâni wa l-kofr, bâb $obbi d-donyâ wa l-$irùi ‘alayhâ, had. 1 ; bâb dhammi d-donyâ wa z-zohdi fîhâ, had. 11).

[40]. La potomanie est un besoin permanent, dorigine psychologique, de boire en abondance de l’eau (le plus souvent) ou tout autre liquide.

[41]. Le mot arabe ‘aùr est riche de significations diverses et les commentateurs coraniques ne sont pas unanimes sur le sens qu’il a dans ce verset : le temps, l’instant, l’après-midi, le crépuscule, l’abri…? On a donc préféré ne pas traduire ce mot et laisser ainsi la porte ouverte aux diverses compréhensions. (N.d.T.)

[42]. C’est un des sens donnés en commentaire du verset : « [Satan] dit : Puisque Tu m’as fourvoyé, je serai bien à leur affût sur Ta voie droite. » (Coran, 7.16). Voir Tafsîr ‘Alî b. Ibrâhîm al-Qommî¸ v.1 p.224 et Tafsîr al-borhân, v.2 p.5.

[43]. Dans les hadiths rapportés des Gens de la Demeure prophétique, que la Paix soit avec eux, en commentaire des termes : « C’est Lui qui vous a générés d’une âme unique, puis [l’un est] habitat à demeure et [l’un] lieu de dépôt… » (Coran, 6.98), la foi des gens est considérée de deux sortes, à demeure et en dépôt. Ainsi, le hadith rapporté par Mo$ammad b. al-Fo*ayl d’après l’Imam Mûsâ b. Dja‘far al-Kâvim, que la Paix soit avec lui, dit : « Celle qui est de la foi à demeure est à demeure jusqu’au jour de la résurrection [ou à jamais] et celle qui est en dépôt sera prise par Dieu avant la mort. » (Tafsîr al-‘Ayyâshî, v.1 p.401). Dans le Nahdj al-balâgha également, il est dit : « Certaine foi est ferme et à demeure dans les cœurs et certaine autre y est un dépôt à terme déterminé. » (Nahdj al-balâgha, khoxba 231).

[44]. Un propos attribué au Commandeur des fidèles ‘Alî fils d’Abû Xâlib, que la Paix soit avec lui, dit qu’« il n’a ni valeur ni poids aux yeux de Dieu tout-puissant et majestueux ; Il n’a que l’on sache rien créé qui Lui soit plus détestable et ne l’a pas regardé depuis qu’Il l’a créé. » (Bi$âr al-anwâr, v.70 p.110, K. al-îmâni wa l-kofr, bâb 122, had. 109).

[45]. Il est rapporté de l’Imam Wasâ’il ash-shî‘a, v.1. p45, Abwâb moqaddimati l-‘ibâdât, bâb 9, had. 1 ; Oùûl al-Kâfî, v.3 p.131, K. al-îmâni wa l-kofr, bâb al-‘ibâdât, had. 5).

[46]. Le Commandeur des fidèles, ‘Alî fils d’Abû Xâlib, que la Paix soit avec lui, a dit : « La demande de pardon est le degré des sublimes et le mot comporte six sens : le premier est le remords de ce qui s’est passé ; le second, la résolution de ne jamais récidiver… » (Nahdj al-balâgha, p.1281, $ikma 409 ; voir aussi, pour plus de développements sur le thème du repentir, le hadith 17 des Quarante hadiths commentés par l’Imam Khomeiny).

[47]. Voir ‘Awâlî l-layâlî, v.1 p.129, had. 3 ; al-Djâmi‘o ù-ùaghîr, v.2. p.45, 95.









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